Une nouvelle lettre adressée au Préfet signée cette fois par 81 scientifiques réclame l’arrêt définitif des destructions de haies, affleurements rocheux ...



Qui pouvait croire que les promesses d’il y a 2 ans, de précautions et de modérations du milieu agricole et de l’administration, allaient tenir longtemps ?

L’occasion du confinement était trop belle ! Elle a fait les larrons...

Casse-cailloux, pelleteuses, bulldozers n’étaient pas confinés et s’en sont donnés à cœur joie multipliant leurs basses œuvres de rabotages d’affleurements rocheux, de destructeurs de haies en pleine période de nidification, de fossoyeurs de dolines ou des zone humides, ...

Cette fois les universitaires et chercheurs signataires signataires sont maintenant quatre fois plus nombreux que ceux d’une première lettre ouverte adressée au Préfet du Doubs en juin 2017.

Seront-ils entendus et surtout dans la durée ?

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Lettre ouverte du 14 mai 2020 à Bernard Schmeltz, Préfet de Région Bourgogne Franche-Comté

Monsieur le Préfet,

Nous sommes conscients que la pandémie et ses multiples conséquences nécessitent votre entière disponibilité et celle de la plupart des services de l’État.

Nous souhaitons toutefois vous alerter sur les broyages des sols et les destructions de haies qui se sont accélérés ces dernières semaines dans la zone de montagne du massif jurassien. À ce propos, vous venez d’ailleurs de recevoir un courrier de l’Agence Régionale de la Biodiversité en date du 30 avril dernier.

La lettre de l’Agence régionale de la Biodiversité

"Le Conseil d’administration de l’Agence Régionale de la Biodiversité de Bourgogne-Franche-Comté, tient à vous alerter sur la poursuite, en cette période de confinement, de pratiques illégales, destructrices de la géodiversité et de la biodiversité de notre région telles que les broyages d’affleurements rocheux (« casse cailloux »), la destruction de haies en pleine période de nidification, ou encore le drainage de zones humides.

Nous savons que la pandémie de Covid-19 et ses terribles conséquences vous mobilisent pleinement ainsi que vos services. L’urgence du moment est bien de sauver, soigner et préserver des vies humaines et de faire face, autant que faire se peut, aux conséquences économiques de cette crise sanitaire.

Pour autant, en cette période où l’espèce humaine prend toute la mesure de sa fragilité et des relations qui la lient aux autres êtres vivants il ne faut pas baisser la garde face aux atteintes irrémédiables infligées à la biodiversité. Plus que jamais il faut préserver la diversité du vivant, socle vacillant de notre propre existence, car nous en dépendons toutes et tous pour vivre.

Le Conseil d’administration de l’ARB Bourgogne-Franche-Comté condamne donc, avec la plus grande fermeté, toutes les pratiques qui accentuent la pression sur la biodiversité régionale et vous demande de faire le nécessaire pour sensibiliser et, mettre en place les actions de répression nécessaires face à ces pratiques.

En vous remerciant de l’attention que vous voudrez bien porter à notre demande et en restant à votre disposition pour tous renseignements complémentaires, nous vous prions de croire, Monsieur le Préfet, en l’assurance de nos respectueuses salutations." (18 participant.e.s, 16 pour, 0 contre, 2 abstentions).

Déjà, par un courrier du 21 juin 2017, nous avions alerté Madame la Préfète de Région de l’époque sur l’intensification de ces pratiques effectuées sur les pâturages et les prés-bois du Haut-Doubs et du Haut-Jura. Nous insistions sur le fait que la généralisation des surfaces affectées nous paraissait constituer une menace sévère et irrémédiable sur les écosystèmes et le patrimoine culturel et paysager de la montagne jurassienne.

Dans sa réponse du 29 septembre 2017, Madame la Préfète de Région nous invitait à engager avec la profession (agricole) un dialogue constructif sur la façon de limiter au maximum cette pratique. Outre le fait que nous pratiquons ce type de dialogues depuis longtemps sur d’autres sujets (campagnols, échinococcose, santé et environnement rural, biologie des lacs, hydrogéologie…), certains d’entre nous ont effectivement rencontré les professionnels et plus généralement la population des communes les plus concernées, lors de conférences-débats notamment au cours de l’hiver 2017-2018. Parallèlement, les réflexions engagées avec les associations environnementalistes, les services de l’État et la profession agricole ont débouché sur l’élaboration d’une charte de bonne conduite et un protocole de demande d’autorisation préalable pour la mise en oeuvre des travaux de broyage des affleurements rocheux.

En décembre 2017, le Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel (CSRPN) de Bourgogne-Franche-Comté a fait parvenir à Mme la Préfète de Région un avis détaillé sur la question. Si ces démarches ont peut-être ralenti pendant quelques temps les destructions, nous constatons que le broyage des sols et l’élimination des haies et bosquets ont repris de l’intensité ces derniers mois, et semble-t-il ces dernières semaines… Il est alors difficile de ne pas y voir une occasion de profiter du confinement d’une partie des services de l’État. L’étendue inquiétante des surfaces concernées et l’artificialisation irrémédiable, à l’échelle pluriséculaire, des milieux affectés, nous incitent donc à vous alerter de nouveau.

Nous nous permettons de vous rappeler que le broyage des sols et des affleurements rocheux, la destruction des murgers et des tas d’épierrement (et parfois de vestiges archéologiques qui les accompagnent), induisent la création de sols artificiels inaptes à maintenir la biodiversité locale, à favoriser la réserve hydrique et limiter l’effet de la sécheresse, à permettre une fixation optimale des apports en azote et phosphore liés à l’épandage des effluents agricoles.

La superficie des parcelles agricoles directement gagnées depuis l’utilisation de ces techniques paraît maintenant suffisante. Il est temps de s’interroger sur cette fuite en avant irresponsable, concernant même parfois des prairies louées, notamment aux communes propriétaires. Il est urgent d’encourager et mettre en oeuvre une agriculture raisonnée et raisonnable, d’ailleurs souhaitée, par exemple et pas seulement, par les filières régionales des AOP fromagères. Ainsi, nous souhaitons une nouvelle fois que puisse être mis un terme définitif à ces pratiques qui artificialisent et simplifient un patrimoine paysager qui fait la réputation de notre région, détruisent irrémédiablement des milieux d’une grande richesse biologique et favorisent la pollution des cours d’eau.

Les travaux de recherche de la communauté scientifique internationale des écologues et épidémiologistes tendent à montrer que l’émergence de pathogènes et de virus, tel que le Covid-19, n’est pas le fruit du hasard. En augmentant de façon exponentielle ses activités ces dernières décennies, l’homme a détruit ou très fortement fragilisé de nombreux écosystèmes rendant encore plus à risque les interactions entre l’humain, le vivant et les pathogènes.

Nous pourrions penser que tout ceci est loin des haies, des bosquets et des pierriers jurassiens. Pourtant, la prolifération des campagnols et la diffusion de l’échinococcose alvéolaire nous rappellent que notre territoire n’est pas épargné par cette problématique.

Tout ce qui contribue à une diminution de la biodiversité met en danger la résistance et la résilience des écosystèmes planétaires quelle que soit l’échelle considérée.

Restant à votre disposition, nous nous vous prions de croire, Monsieur le Préfet, en l’assurance de nos respectueuses salutations.

Les signataires

Julie Albaric, Maître de conférences, sismologue ;

Pierre-Marie Badot, Professeur des universités, biologie environnementale ;

Philippe Barral, Professeur des universités, archéologue ;

Carole Bégeot, Maître de conférences, paléoenvironnementaliste ;

Sylvie Bépoix, Enseignante PRAG, historienne ;

Pascal Bérion, Enseignant-chercheur¬ géographie et aménagement de l’espace ;

Nadine Bernard, Professeure des universités, écotoxicologie ;

Catherine Bertrand, Maître de conférences HDR, hydrogéologue ;

Guillaume Bertrand, Maître de conférences, hydrogéologue ;

Vincent Bichet, Maître de conférences, géologue ;

Hélène Bigeard, Ingénieur d’études, Service régional de l’archéologie ;

Philippe Binet, Maître de conférences, écologue ;

Audrey Bolard, Ingénieure d’études, hydrobiologiste ;

Gudrun Bornette, Directrice de recherche CNRS¬ écologue¬ directrice de l’UMR CNRS Chrono-environnement ;

Martine Buatier, Professeure des universités, géologue ;

Alexandre Burgevin, Chercheur associé, archéologue ;

Bruno Cardey, Maître de conférences, biochimiste ;

Valentin Chevassu, Doctorant, archéologue ;

Cybèle Cholet, Postdoctorante, hydrogéologue ;

Nicolas Carry, Ingénieur d’étude, géologue ;

Anne Charmot, Ingénieure d’études, archéologue ;

Flavien Choulet, Maître de conférences, géologue ;

Benjamin Clément, Maître de conférences, archéologue ;

Michael Coeurdassier, Maître de conférences, écotoxicologue ;

Christophe Cupillard, Ingénieur d’études, préhistorien ;

Sylvie Deffressigne, Ingénieure de recherche, archéologue ;

Paul Delsalle, Maître de conférences HDR, historien, Président de Franche-Bourgogne ;

Franc Estelle, Assistant ingénieur, communication ;

Clémentine Fritsch, Chargée de recherche CNRS, écotoxicologue ;

Michel Fromm, Professeur des universités, physico-chimiste ;

Emmanuel Garnier, Directeur de recherche CNRS, historien ;

Emilie Gauthier, Professeure des universités, archéologie-paléoenvironnement ;

Daniel Gilbert, Professeur des universités, écologie ;

François Gillet, Professeur des universités, écologue ;

Olivier Girardclos, Ingénieur d’études, dendrochronologue ;

Patrick Giraudoux, Professeur émérite d’écologie ;

Annick Greffier-Richard, Ingénieure d’études, Service régional de l’archéologie ;

Manuel Grivet, Maître de conférences, physico-chimiste ;

Jean-Emmanuel Groetz, Enseignant-chercheur, physicien ;

Charles Henriot, Doctorant, microbiologiste écologue ;

Philippe Henry, Maître de Conférences, géochimie ;

Jean Pierre Hérold, Docteur ès Sciences, biologiste ;

Luc Jaccottey, Archéologue Inrap, lithicien ;

Dominique Jacques Jouvenot, Professeure des universités, socioanthropologue ;

Lydie Joan, Ingénieure d’études, archéologue ;

Isabelle Jouffroy-Bapicot, Ingénieure de recherche, paléo-écologue ;

Jenny Knapp, Ingénieur de recherche hospitalier, parasitologie ;

Jean-Claude Lambert, Adjoint-technique ;

Alexandre Lhosmot, Doctorant, hydrogéologue ;

Christophe Loup, Assistant Ingénieur, chimiste ;

Eric Lucot, Maître de conférences HDR, pédologue ;

Michel Magny, Directeur de recherche CNRS émérite, paléoclimatologue ;

Didier Marquer, Professeur des universités, géologue ;

Charly Massa, ATER, sédimentologue ;

Christophe Méloche, INRAP, retraité, archéologue ;

Laurent Millet, Directeur de recherche CNRS, paléo-écologue ;

Alexandre Moine, Professeur des universités, géographe ;

Cécile Monchablon, Chargée d’opération et de recherche archéologique, néolithicienne ;

Arnaud Mouly, Maître de conférences, écologie végétale ;

Claudine Munier, Responsable d’opération, archéologue ;

Manon Nourdin, monitrice GMNF, Master écologie-éthologie ;

Pierre Nouvel, Professeur des universités, archéologie classique et de la Gaule romaine ;

Laure Nuninger, Chargée de recherche CNRS, archéologue du peuplement et des paysages ;

Françoise Passard-Urlacher, Archéologue rattachée ;

Philippe Goncalves, Maître de conférences HDR, géologue ;

Christian Picard, Professeur des universités, sciences de la Terre ;

Valérie Pichot, Ingénieure d’études, archéologue ;

Francis Raoul, Maître de conférences HDR, écologue, Directeur-adjoint de l’UMR CNRS Chrono-environnement ;

Hervé Richard, Directeur de recherche CNRS émérite, paléo-écologue ;

Pascale Ruffaldi, Maître de conférences, palynologue ;

Renaud Scheifler, Maître de conférences HDR, écotoxicologue ;

Florent Schepens, Professeur des universités, sociologue, Directeur-adjoint du Laboratoire de Sociologie et Anthropologie (LaSA) ;

Dominique Sordoillet, Ingénieure chargée de recherches, géoarchéologue ;

Marc Steinmann, Maître de conférences HDR, géologue ;

Matthieu Thivet, Ingénieur de recherche, archéologue ;

Jean-Daniel Tissot, Ingénieur d’études CNRS, informaticien ;

François Pierre Tourneux, Maître de conférences, géographe ; Jonas Vanardois, Doctorant, géologue ;

Boris Vannière, Directeur de recherche CNRS, paléo-écologue ;

Valérie Verneaux, Maître de conférences, écologie des systèmes aquatiques, hydrobiologie ;

Virginie Vinel, Professeure des universités, sociologie-anthropologie, Directrice du Laboratoire de Sociologie et Anthropologie (LaSA) ;

Anne Véronique Walter-Simonnet, Maître de conférences HDR, géologue