Sinistre 14 juillet 2009 à Longwy-sur-le-Doubs (39) : 4 jeunes busards cendrés massacrés à coups de pied !


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Espèce protégée en voie de disparition, la population jurassienne de Busards cendrés se maintient tant bien que mal grâce à la protection pour faire face à une recrudescence des destructions volontaires de nichées.

Dans la nuit qui a suivi le 14 juillet 2008, une nichée complète de quatre jeunes busards cendrés ont été écrasés à coups de talons à Moussières, commune de Longwy-sur-le-Doubs (39).

Depuis 15 jours, c’est trois nids et huit jeunes oisillons de cette espèce qui ont été détruits de cette façon à Annoire, Longwy et Petit Noir.

- à Annoire, un premier nid a été détruit aux environs du 25 juin.

- à Petit-Noir, le 14 juillet, une jeune femelle marquée et baguée par le centre de soins ATHENAS, quasiment volante, a été "savatée" à proximité de son nid. "Résultat, une luxation de la hanche, une double fracture de l’aile gauche. Il n’est pas certain qu’elle s’en sorte, mais son exécuteur a sans doute été interrompu dans son acte, ce qui explique qu’elle ait été trouvée en vie. Les autres jeunes, "mieux volants" ou sauvés par une passant, sont pour l’instant toujours en vie".

L’idée totalement fausse, pourtant diffusée dans certains milieux de la chasse de ce secteur rural, que le busard cendré serait un prédateur de la perdrix grise, a peut être incité à ces actions de vandalisme primaire de détraqués.

Cette espèce menacée de disparition au niveau mondial, qui n’est dans le Jura que représentée par quelque couples, risque maintenant de disparaitre de ce département.

Des plaintes seront déposées notamment par ATHENAS

La CPEPESC est preneur de toute information concernant les auteurs de ces actes de vandalisme lâches et révoltants. "Des individus lourdement chaussés pourchassant nuitamment dans du chaume des oiseaux en duvet pour les aplatir, voici incarnée toute la poésie de l’expression de la Ruralité dont certains se réclament"


NDLR : On ne sait pas encore à l’heure actuelle si la Fédération des Chasseurs du Jura, agréée au titre de la protection de la nature, qui se donne pour missions « la gestion du patrimoine cynégétique , la protection de la faune sauvage et de ses habitats dans le respect des équilibres agro-sylvo-cynégétiques » va, elle aussi, porter plainte et se constituer partie civile.

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Le busard cendré, en régression, connaît une situation préoccupante

en France, et est particulièrement en déclin sur les marges de son aire de répartition, comme en Franche-Comté où il est l’une des espèces les plus menacées.

Dans cette région, 10 à 15 couples seulement subsistent selon les années, et sont concentrés dans un seule zone, le Finage, située dans le Nord Jura.

Causes de régression :

La modification des milieux (appauvrissement des milieux de chasse, baisse des effectifs de campagnol des champs), ont un impact direct sur le nombre de couples reproducteurs ainsi que la taille et la réussite de leur nichée (THIOLLAY J.M. et BRETAGNOLLE V., 2004)

Cause majeure, les engins agricoles qui, lorsque la ponte est survenue après le 10 mai, détruisent les nichées avant leur envol : en moyenne âgés de 10 à 20 jours, les jeunes se mettent en posture défensive face à la barre de coupe des moissonneuses batteuses, et se font le plus souvent couper les pattes et les ailes ou énuquer.

Causes naturelles :

Les intempéries : un excès d’humidité au sol provoquera la mort des embryons, des orages violents peuvent coucher les céréales sur les jeunes et les tuer par hypothermie.

Les prédateurs : le chat domestique ou le renard, en suivant les traces des engins agricoles ou des curieux inconséquents, peuvent accéder au nid et détruire la nichée. De même, un dérangement prolongé d’origine humaine peut être mis à profit par des corvidés pour consommer les œufs ou les jeunes busards.

Ces dernières années, dans le Jura les destructions directes s’ajoutent à ces facteurs. Depuis 2004, ce sont ainsi au minimum 18 jeunes qui ont été détruits sur 7 nids différents, chaque fois à coup de talon, sur les communes d’Annoire, Petit Noir, Saint Aubin, et Longwy sur le Doubs. Ceci représente 15% de l’effectif total de jeunes.

Pour cette seule année 2009, 8 jeunes au minimum, sur 3 nids différents sont concernés à Annoire, Longwy et Petit Noir, soit 24% des jeunes !

Les jeunes détruits cette année et les années précédentes étaient porteurs de marques alaires (programme national de marquage des jeunes initié en 2007 et piloté par le CNRS)

3 mois de travail d’observation, de préparation, d’étude et de contacts sont ainsi réduits à néant en même temps que ces oisillons non volants sont tués. Chaque saison représente des centaines d’heures de terrain (salariés et stagiaires)

En même temps que ces jeunes busards, c’est la Loi, qui est foulée au pied, de même que l’intérêt général, les choix de nos élus, et l’avenir de nos enfants.

La récurrence et l’intensification de ces destructions peuvent avoir en très peu de temps sur une si petite population un effet radical : une espèce va disparaître de notre région sous l’effet d’actions volontaires et conscientes. C’est une première depuis le XIXème siècle, après l’éradication du lynx et de l’ours !

Cette régression dans les mœurs et la connaissance, nous la devons notamment aux idées fausses qui circulent sur l’espèce, présentant le busard comme le principal prédateur de la perdrix grise.

Or ceci est entièrement démenti par l’étude des régimes alimentaires sur le terrain (observation directe et collecte de pelotes de réjection) : c’est un prédateur de campagnols, de sautelles et de lézards.

Ce genre de propagande mal documentée est selon nous de nature à inciter au passage à l’acte.

Les actions de protection sont menées en collaboration avec les exploitants céréaliers, les organismes agricoles (Chambre d’Agriculture, coopératives), les collectivités (Etat, Région de Franche-Comté , Département du Jura).

ATHENAS déposera une plainte pour chacun des trois actes de destruction perpétrés cette année et demandera également un renforcement des contrôle.

NB : A Annoire, en 2008, 1 milan royal et un milan noir ont été retrouvés empoisonnés. Ce délit, comme tous les autres est resté impuni.

Le busard cendré figure en annexe I de la Directive « Oiseau » (n°79/409 du 6 avril 1979). Il figure également en annexe II de la Convention de Berne qui a pour objet d’assurer la conservation, au niveau européen, de la flore, de la faune sauvages et de leurs habitats naturels, notamment des espèces et des habitats dont la conservation nécessite la coopération de plusieurs Etats. De plus, en tant qu’espèce migratrice, la Convention de Bonn (82/461/CEE du Conseil, du 24 juin 1982) lui accorde un statut de protection à l’échelle mondiale.