Rien à voir à l’émission TV « Ca me regarde », la Préfecture refuse le débat sur les problèmes de la Loue et la méthanisation polluante de Reugney(25).



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Face à ce qui ressemble à de la censure ou de la désinformation, les rivières n’ont plus qu’à bien se tenir.

Le 18 septembre 2010, était prévu sur France 3 un débat en direct entre un représentant de la CPEPESC et un responsable de la DREAL (ex DIREN, DRIRE, etc..). Mais l’émission n’a pas eu lieu, le préfet mis un feu rouge à ses fonctionnaires !

De nouvelles méthodes de communication ?

En matière d’environnement on a assisté ces derniers mois à une démonstration de communication préfectorale.

Exemple le plus récent avec la polémique autour de l’unité de méthanisation de Reugney. Face à ce projet très controversé quant à son impact environnemental, la CPEPESC avait alerté et demandé une concertation dès le 28 août 2010. Un premier relais médiatique avait lieu les 2 et 3 septembre à ce sujet. Officiellement l’arrêté n’était pas signé, de multiples journalistes ayant interrogé la préfecture à ce sujet les 2 premières semaines suivant la rentrée.

Pourtant le 13 septembre on apprend que l’arrêté est signé depuis le 1er septembre… 13 jours de mensonges pour prendre de vitesse d’éventuelles remises en cause du projet. Puis la désinformation a pris le relai avec des modifications très marginales de l’arrêté d’autorisation sensées permettre son écocompatibilité ? (*)

Un tout petit geste pour l’environnement.

Mais rien n’a changé sur le fond, le projet reste aux mêmes dimensions soit l’équivalent en pollution de 3 porcheries industrielles et aucune concertation quant aux alternatives possibles n’a eu lieu.

Seules des recommandations marginales de bon sens voyant le jour telle que de ne pas épandre dans les 3 jours précédents une annonce de pluie. Nous voilà bien rassurés…

On pensait la préfecture s’en tenir à ce fait d’armes mais cela ne semblait pas suffire. Une émission de France 3 sur la pollution des rivières prévue le samedi 18 septembre devait permettre aux francs-comtois d’être informés un peu plus longuement sur l’état de leurs rivières qui défraie la chronique depuis quelques mois. Un débat télévisé avec les représentants de l’état et les associations devait donc se tenir.

C’était sans compter la volonté de transparence de la préfecture : cette émission n’a pas eu lieu, car 3 jours avant, les services de l’état n’ont pas été autorisés par la préfecture à y participer et France 3 a dans ce contexte préféré annuler.

Le louvoiement préfectoral sur la Loue

Cet état de faits ne peut que rappeler la communication préfectorale sur la pollution de la Loue ce printemps. Tout a commencé en mai où la préfecture a attendu un mois et une fuite dans les médias pour reconnaître et informer officiellement la population de la présence de cyanobactéries dans la Loue. Rappelons à ce sujet que le Code de Santé Publique impose une information du public en cas de cyanobactéries du fait des risques encourus. Les mesures prises ont été à la mesure de l’absence d’information : malgré des recommandations de l’AFSSAS et de l’AFSSET qui dans le cas présent préconisaient (dans un rapport commun) l’interdiction de la baignade, tout le monde eut le droit de patauger, même les enfants mais à condition de ne pas boire la tasse… le bétail quant à lui n’avait pas le droit de s’abreuver dans la rivière.(*)

Quant aux explications sur la prolifération des cyanobactéries, l’origine du problème semblait météorologique selon les services de l’état alors que les spécialistes s’accordent tous sur un excès de nutriments notamment de phosphore dans de tels phénomènes. La météo a bon dos, d’autant plus que la préfecture peut légitimement avouer son impuissance sur ce paramètre !

Il n’en est pourtant pas de même pour les rejets autorisés d’azote ou de phosphore. Cette fois c’est sûr, les rivières, et leurs poissons, n’ont plus qu’à bien se tenir !


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(*) Dans un communiqué publié 15 jours après la signature en catimini de l’arrêté d’autorisation de l’unité de méthanisation de Reugney, équivalente en pollution à celle de 3 porcheries le préfet veut rassurer en amendant l’arrêté initial.

Désormais l’agriculteur ne pourra épandre qu’en l’absence d’annonce de pluie pour les 3 jours à venir et non plus uniquement la veille d’un jour de pluie. Il ne fait que reprendre en cela les demandes de la DREAL bien négligée jusqu’alors.

Il est surtout étonnant qu’une telle mesure de bon sens n’ait pas été retenue dans l’arrêté initialement prévu. Cela n’est finalement que le reflet du peu d’attention accordée à la protection de l’environnement dans ce dossier. Pour soigner une image verte bien écornée la préfecture aurait pu reprendre d’autres recommandations de cette même DREAL qui souhaitait faire interdire par exemple l’utilisation d’engrais minéraux en plus du digestat. Cette mesure aurait été sans doute trop contraignante….

Quant à la diminution du volume du digesteur et à l’augmentation (plus que modeste) des capacités de stockage, on ne voit pas en quoi elles modifient de façon significative l’impact de ce projet.

Les volumes d’effluents agricoles et de déchets restant les mêmes la quantité de digestat sera toujours épandue en même quantité et à des concentrations toujours 50% supérieures aux épandages de lisier de porc actuels !

Donc pour le moment rien n’a vraiment changé et malgré une demande officielle nous attendons toujours communication des documents administratifs de l’arrêté définitif.

A ce stade est-il toujours raisonnable d’espérer une réunion de concertation sur ce projet ?