Trier ses déchets, c’est bien ! Trier aussi ses achats, c’est beaucoup mieux !



La moitié de l’effet de serre généré par un ménage découle du cycle de vie des produits de consommation qu’il achète : ainsi, la masse de notre production de déchets domestiques a doublé en 40 ans ! (1) Mais ce n’est pas tout : le coût environnemental du transport des biens, du lieu de production au lieu de consommation compte de plus en plus.

Tout acheteur peut aujourd’hui prendre conscience qu’il est le décideur, à travers ses choix dans la multitude des produits, d’un meilleur avenir pour la planète.

Acheter un produit c’est conforter sa production, le refuser c’est le sanctionner.

Refuser systématiquement d’acheter des produits contenant des OGM, c’est voter contre les OGM. 

Choisir l’agriculture biologique, c’est encourager les pratiques les moins polluantes en matière de production : enrichissement de la terre à l’aide de compost et non de pétrochimie, respect de la biodiversité notamment des populations d’insectes auxiliaires, et refus d’épandre des quantités d’herbicides et de pesticides qui polluent nos rivières et nappes phréatiques. Le producteur n’est pas oublié dans le cahier des charges très strict du « label bio » : en ne respirant pas les substances toxiques habituellement répandues sur les champs, il s’évite de graves problèmes de santé. Et les animaux élevés selon les règles de l’élevage biologique ne connaissent pas l’incarcération massive dans des conditions innommables, les mutilations dues au stress et à la promiscuité, le gavage aux médicaments (qui d’ailleurs se retrouvent dans nos assiettes, nos estomacs et par la suite dans l’eau des rivières !) …

L’essor des produits issus de l’agriculture biologique est réel, avec une progression de 10% par an en France. Pourtant, acheter « bio » est-ce toujours acheter « écolo » ?


- N’oublions pas que les labels n’ont pas le même poids, qu’ils soient attribués en France, en Europe ou ailleurs dans le monde, car le cahier des charges est plus ou moins strict selon les pays (2). En France, par exemple, saviez-vous que les labels les plus exigeants sont Nature & Progrès et Demeter ? D’après le WWF suisse, l’éco-label européen fait partie des moins regardants (3)...

- Les disparités de production peuvent interpeller le consommateur mais d’autres données posent question : tel produit honnêtement labellisé, mais sur-emballé ou provenant inutilement de très loin (ce qui va souvent de pair, vu que l’emballage a pour but affiché de protéger le produit lors de ces innombrables embarquements et débarquements), peut-il encore être choisi en toute bonne conscience ? Et pourtant, c’est ce bio-là que nous proposent la plupart des grandes surfaces, sous prétexte de repeindre leur enseigne en vert !

- Le « Grenelle de l’environnement » avait laissé entendre qu’une réglementation verrait le jour afin que soit clairement indiqué sur chaque emballage le « bilan carbone », équivalent au coût énergétique dépensé pour la production et l’acheminement du produit dans les rayons des magasins français (certains yaourts parcourent des milliers de km entre le pis de la vache et la cuillère du consommateur !). Ces informations nous paraissent indispensables pour un choix éclairé lors de l’achat.

Malheureusement, ce projet est resté lettre morte ! (On se demande bien pourquoi : trop compliqué à mettre en place ? Ou nuisant trop évidemment aux intérêts des grosses multinationales et des pétroliers ?)

Une solution existe pourtant : l’esprit critique !

Acheter des produits locaux, c’est soutenir un emploi local, se donner la possibilité de discuter avec le producteur sans intermédiaire, et aussi éviter le gaspillage de l’énergie dans le transport des denrées. L’aberration, c’est que ces produits fabriqués sur place sont souvent plus chers ! Cela s’explique pourtant : ce producteur local aura lui aussi droit à la Sécurité Sociale et à une retraite digne, ce qui n’est pratiquement jamais le cas dans l’hémisphère sud. Bref, acheter local, c’est maintenir la vie sociale autour de soi. Et qui sait, peut-être qu’à force de dialogue, ce producteur finira par convertir ses modes de production pour un meilleur respect de l’environnement ?

Alors, en attendant que les pouvoirs publics prennent conscience que rien ne peut se faire sans une réelle volonté politique de soutien (aide à la reconversion, subventions aussi aux petites unités de production agricole et pas seulement à l’agriculture intensive comme c’est le cas actuellement), chaque acheteur peut ouvrir les yeux et essayer de se poser intelligemment les bonnes questions.


Notes

(1) 354 kg d’ordures ménagères produites par an et par habitant, 594 kg si l’on compte les encombrants et les déchets verts. Les emballages représentent 23% du poids des ordures ménagères. Données ADEME.

(2) Les critères de certification (...) comportent généralement une série de standard de production pour les phases de production des plantes, de stockage, de transformation, d’emballage et d’expédition, parmi lesquels :

• non utilisation d’intrants d’origine chimique (fertilisants, pesticides, antibiotiques, additifs, etc.)

• pas d’utilisation d’organisme génétiquement modifiés

• pas de stérilisation par irradiation ;

• utilisation de terrain de culture n’ayant pas reçu de produit d’origine chimique depuis une période donnée (généralement plus de trois ans)

• consignation écrite détaillée des étapes de productions et de ventes (audit)

• séparation physique des productions labellisables et non labellisables • inspection sur site régulière

(...) Le sigle bio de l’UE, ne prévoit aucune disposition en matière de transport et ne tient pas – ou insuffisamment – compte de critères comme la biodiversité, la consommation d’eau ou les standards sociaux. Source : http://www.actualites-news-environnement.com/24351-Nouveau-guide-labels-bio-alimentaires.html

(3) Tableau comparatif téléchargeable gratuitement à l’adresse suivante : http://shop.wwf.ch/fr/product.cfm ?uCat=185&uPrd=33952