METABIEF Mont d’Or : Une retenue et des canons à neige n’annoncent pas forcement l’enneigement ! MISE AU POINT CLIMATIQUE



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Après avoir démarré à une allure très réduite, la station de ski de METABIEF MONT-D’OR a décidé d’arrêter les frais et de fermer son domaine à la veille de ce Noël 2013 ! « Pas de neige et pas assez de froid pour faire fonctionner les canons » annonce l’Est Républicain.

N’en tirons pas de conclusions hâtives. Mais tout de même ce n’est pas le Père Noël qui semble être passé (sans traineau) sur ce sommet sinistré mais bien le Père Fouettard !

Car les faits sont têtus, dans le contexte climatique actuel, c’est une grave erreur que de vouloir développer des stations de skis de basse altitude avec des canons producteurs de pseudo neige à un coût astronomique. Quant à l’énorme « verrue retenue » creusée sur le Mont d’Or ... C’est un autre sommet, celui de l’aberration.

MISE AU POINT CLIMATIQUE DE LA CPEPESC

Fin juin 2013, dans une réponse sur Facebook, le Président du Conseil Général du Doubs, Claude Jeannerot, écrivait :

« Concernant les bouleversements climatiques, toutes les études ont été faites sur la base des données brutes de températures et de précipitations de la station météo des Longevilles sur les 20 dernières années (pas de données brutes disponibles avant). Mais la tendance des 20 dernières années permet de faire des projections sur les 20 prochaines années. Ces études montrent que l’évolution des températures et l’évolution des débits permettent d’envisager la production de neige de culture à l’horizon 2035 et au-delà même ».

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Extrait étude d’impact (météo et climat.)

Cette réponse donne l’impression qu’il y a eu des études poussées... Mais dans l’Étude d’Impact du projet, que la CPEPESC a pu consulter, les données présentées étaient pour le moins beaucoup moins démonstratives que l’enthousiasme du Président du Conseil Général. (Voir extrait ci-contre).

L’analyse de la CPEPESC

1 - La météorologie.

Les valeurs de température prises en compte dans l’étude d’impact étaient basées sur des mesures réalisées à la station de SUPERLONGEVILLES située à l’altitude de 1193 mètres. Le tableau des températures minimales d’hiver, indique le nombre de nuits pendant lesquelles la température est inférieure à -3°C. Cette température minimale de référence, est celle, selon l’étude d’impact, qui permettrait de fabriquer de la neige artificielle (en principe sans additifs cryogéniques).

Ce tableau est peu compréhensible puisque les données en abscisse sont des nombres de jours inférieurs à -3°C., il n’indique pas les années correspondantes à des températures inférieures à -3°C. Ce diagramme est quasi illisible et ne devrait pas être pris en compte pour l’estimation future du nombre de jours de températures moyennes négatives. C’est pourtant ce tableau qui semble avoir orienté l’essentiel de la décision du Conseil Général du Doubs et du syndicat mixte des communes.

Par ailleurs, peut-on baser des conditions climatiques favorables sur un pourcentage qui n’est que de 60% du temps sur les jours les plus froids de l’année en temps lissé sur 20 ans ?

Parallèlement, aucune indication ne renseigne sur l’enneigement moyen de ces vingt dernières années. Ces données sont fondamentales, elles auraient permis d’estimer le rapport entre les températures et les taux d’enneigement moyens. Informations utiles car si statistiquement l’enneigement est important, il n’est pas nécessaire de fabriquer de la neige artificielle. A moins de vouloir absolument en fabriquer même sans nécessité absolue, pour le cas ou elle puisse naturellement faire défaut, ou fondre trop rapidement.

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L’exemple du Col de Porte en Chartreuse.

En référence, si on étudie et extrapole les valeurs du tableau de MÉTÉO FRANCE (centre d’étude de la neige) collectées à 1325 m au col de LA PORTE dans le massif de la Chartreuse, (une altitude supérieure de près de 100 m. à celle de SUPERLONGEVILLES), nous constatons que sur une période beaucoup plus longue, donc plus significative (50 années de 1961 à 2011) la température moyenne s’est élevée régulièrement de 0,32°C par décennies, soit au total 1,60°C au cours du dernier demi-siècle. Parallèlement, nous observons que la hauteur moyenne d’enneigement dans cette station pour la même période à baissé de 13 cm par décennie. Le manteau neigeux moyen est passé de 110 cm en 1960 à moins de 50 cm en 2011. Une extrapolation linéaire, non exponentielle de l’épaisseur moyenne du manteau neigeux laisse supposer qu’il n’y aura plus du tout de neige dans cette station dans moins de quatre décennies. Fautes de données d’enneigement moyen pour le sommet du Mont d’Or, (moins haut d’une centaine de mètre que la station de la Chartreuse), cette diminution observée de l’enneigement aurait pu servir de référence.

Rappelons que les durées de froid inférieures à -3°C indiquées dans l’étude d’impact pour Métabief ont servies à valider le projet. Ces données météorologiques ont servies de critère principal de faisabilité. Le cabinet d’étude estime positivement les données pourtant peu favorables puisque les nuitées à -3°C diminuent de moitié en vingt années : ’’En appliquant cette augmentation de +0,8°C aux températures minimales constatées ces 20 derniers hivers, on constate alors que le nombre moyen de nuits où la température est inférieure à -3°C passe de 71 à 42 en moyenne, ces 420 heures de froid sont réparties de la façon suivante :.................’’.

Ce qui démontre, là aussi, que le réchauffement avéré réduit notablement le nombre de jours inférieurs à 3°C, ce qui aurait dû rendre le projet non valide.

Nous pouvons également nous référer aux évaluations de réchauffement climatique que nous annonce le GIEC, qui dans son scénario récent le plus pessimiste indique que le réchauffement serait de 3,6°C à 5,3° C à l’horizon 2050. Dans cette hypothèse (catastrophique), tout laisse à penser que le nombre d’heure de froid nocturne inférieure à -3°C pourrait être d’une vingtaine de jours par an (à peine de 200 heures). Est-ce que l’investissement, dans cette hypothèse serait rentable ?

2 - La climatologie.

Il y a deux théories qui s’affrontent au sein de la communauté scientifique internationale (GIEC) qui étudie et suit l’évolution du réchauffement climatique mondial et ses conséquences sur les phénomènes météorologiques. Les météo-sceptiques et les météo-optimistes s’opposent sur l’importance du réchauffement à l’horizon 2050. Néanmoins, une grande partie des spécialistes s’accordent à penser que les données du GIEC sont crédibles. Selon certains scénarios (voir le rapport 2013) le réchauffement climatique pourrait être de 0,8 à 3,2°C avant la fin du siècle (meilleure hypothèse des deux scénarios intermédiaires qui tiennent compte d’objectifs environnementaux favorables). Parmi les quatre scénarios développés par les climatologues, le plus pessimiste des scénarios, indique que l’augmentation moyenne des températures atteindrait entre 3,6°C et 5,3°C en 2040. Le plus optimiste des scénarios, situe l’augmentation des températures moyennes à l’horizon 2050 à 2°C. Il serait intéressant de demander à un assureur s’il couvrirait des risques par défaut de neige et donc de perte d’exploitation, sur la base de scénarios de températures aussi aléatoires.

L’étude d’impact ne comportait aucune carte météorologique et climatologique locale. En principe, ces données nous renseignent, à partir d’une rose des vents annuelle, sur les orientations, les fréquences et les vitesses des vents. Sachant que plus le vent est puissant, plus il diminue la température de l’air ambiant. On ne peut que s’étonner que les décideurs n’aient pas demandé de fournir cet élément important pour la fabrication de neige artificielle.

Mais surtout, nous n’avons aucune donnée sur les précipitations, les températures minima et maxima et leurs durées, les périodes, hauteurs et durées d’enneigement constatées ces dernières décennies (au moins trois) et plus souhaitables encore, cinq décennies, si des données existent ? Informations indispensables qu’il est souhaitable de connaître au plus proche du réservoir et des pistes de ski.

Comment décider sans données et informations croisées et comparatives ? L’aide à la décision ne peut se faire sans l’apport de données complètes, précises et fiables.

Un spécialiste de la météorologie française interrogé, nous a indiqué que les centres météorologiques régionaux tendent à être supprimés, mais que pour ce qui concerne la météo du Mont d’Or, l’observatoire météorologique de Besançon aurait pu fournir des données suffisamment pertinentes pour la compréhension des phénomènes climatiques de la région.

Cet expert nous a également indiqué, qu’il a souvent observé des phénomènes de micro-climat à l’échelle de quelques dizaines d’hectares.



ET BIEN SUR, à voir, à revoir et à diffuser :

- MONT D’OR : Requiem pour le paysage au sommet du département du Doubs !