Le Rhône empoisonné ! Notre grand fleuve va-t-il mourir biologiquement ? Qui est responsable ou a laissé faire ?



Administrativement l’affaire a commencé au premier semestre 2005 par des analyses de chaires de poissons pêchés dans le canal de Jonage (1). Ils étaient contaminés par des polychlorobiphényles (PCB). Le préfet du Rhône avait alors interdit le 14 septembre 2005 la consommation des poissons pêchés dans ce canal.

(1) Le canal de Jonage borde le Rhône, immédiatement au nord-est de Lyon

A la suite d’autres analyses, la consommation des poissons du Rhône a été interdite en 2006, cette fois sur 80 km de Saultz-Brénaz (01), près de Lagneu, jusqu’au Confluent du Rhône et de la Saône.

Etaient concernés aussi les plans d’eau lyonnais en relation avec le Rhône : l’étang du Grand Large et le lac des Eaux Bleues du Parc public de Miribel ( ressource de secours en eau potable du grand Lyon !)

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Communiqué de la Préfecture 69 du 22 février 2007 et analyses PCB

Le 22 février 2007, un nouvel arrêté inter-préfectoral Isère-Rhône étendait la zone géographique d’interdiction bien en aval de la confluence Rhône Saône jusqu’au barrage de Vaugris, (au sud de Vienne). Cet obstacle physique devait limiter selon la Préfecture, le passage des poissons contaminés plus en aval. (Cf communiqué de presse ci-contre)

Mais l’histoire ne s’arrête pas au barrage de Vaugris.

A la suite d’autres investigations, le 13 juin 2007, l’interdiction doit être étendue bien au delà sur toute la partie du fleuve sur l’Ardèche et la Drôme, c’est-à-dire jusqu’au niveau Pierrelate (26). ! Ainsi c’est plus 200 km du linéaire du Rhône qui est maintenant concerné !

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Communiqué Préfecture 26 du 16 juin 2007

Selon l’administration des analyses effectuées, vont aujourd’hui jusqu’à dépasser 7 fois la norme actuelle fixée par l’ l’Union européenne : « Des analyses réalisées sur 6 espèces de poissons, à raison de 5 prélèvements par espèces, ont mis en évidence une contamination par les PCB (polychlorobiphényls) de l’ordre de 15 à 59 pg/g (picogrammes/gramme). Il est rappelé que l’union européenne, a adopté la norme recommandée par l’OMS qui fixe à 8 pg/g la concentration admissible en dioxine et PCB dans les poissons destinés à la consommation humaine ».

Pour un homme manger 100 grammes d’un des poissons les plus contaminés, soit 59 pg/g, ce serait ingérer plus de 40 fois la dose acceptable quotidiennement. Il est aujourd’hui impossible de dire combien de temps ces interdictions (prises pour 3 mois) vont durer dans la réalité.

Mais l’administration a rappelé que l’on pouvait toujours pêcher si on ne consommait pas le poisson !!

les polychlorobiphényles (PCB) d’où viennent ils

Interdits définitivement de commercialisation en 1987, les polychlorobiphényles (PCB), plus connus sous le nom de Pyralène, sont des composés organochlorés. Ils servaient d’isolants électriques notamment dans les transformateurs mais aussi de liquide caloporteurs, de lubrifiants. Ils entraient aussi dans la composition des huiles de coupe industrielles utilisées pour le travail des métaux.

Si l’absorption des PCB n’a pas d’effet toxique directs, il est prouvé qu’ils affectent chez l’homme le système immunitaire et provoquent la stérilité. Peu solubles, les PCB sont peut entraînés par l’eau sur de grandes distance et se déposent au fond des cours d’eau dans les vases et autres sédiments des rivières où ils s’accumulent. Ces composés qui, il faut le souligner ne sont que très peu biodégradables, entrent dans la chaîne alimentaire et se concentrent dans les graisses des poissons.

L’entreprise Trédi, spécialisée dans le traitement des déchets chimiques dont les PCB, est située dans l’Ain, au bord du Rhône, à Saint-Vulbas (non loin de la centrale nucléaire du Bugey). Elle est montrée du doigt mais aussi la Préfecture de l’Ain, celle du Rhône, les services de la police industrielle de la DRIRE… qui ne pouvaient ignorer déjà avant 2005 qu’il y avait un problème.

Quelles ont été les mesures de surveillance et de la DRIRE, se sont elles limiter à prescrire de l’auto surveillance ?

Pourquoi pendant des années l’élévation de cette contamination de la faune piscicole n’a pas été détectée plus tôt ? Ou a-t-elle été sous- estimée ?

Trédi, devenu Trédi-Séché en 2002, rejette dans le Rhône des effluents en principe neutralisés et désintoxiqués. Cette entreprise dispose d’une autorisation préfectorale de rejet fixant des normes maximum en (polychlorobiphényle) PCB limités à 3 g./jour. Mais ces normes de rejet étaient paraît-il plus « larges » dans un passé proche, a une époque ou ont été éliminés beaucoup de PCB provenant du remplacement des « transformateurs au pyralène »…. Et ont-elles toujours été respectées ?

Quoi qu’il en soit des analyses des sédiments en amont et en aval du rejet de cette usine devraient contribuer à déterminer les origines physiques du polluant…. Certains cherchent à détourner les yeux de ce déversoir, en invoquant le changement climatique, la sécheresse… pourquoi pas le diable ?

Il est trop tôt pour conclure

Aujourd’hui certains parlent même d’une possible interdiction de consommer les poissons du Rhône jusqu’à l’embouchure du fleuve dans la mer.

Et les poissons eux-mêmes intoxiqués, ne risquent-ils pas de disparaître, comme une grande part de la microfaune, d’un fleuve durablement contaminé ?

Pour se rendre contre que l’affaire n’a pas commencé qu’en 2005, on lira avec intérêt un article paru dans Le Courrier de la Cellule Environnement de l’INRA n°10, février 1990 et intitulé « Les difficultés de l’évaluation des risques liés à une pollution chronique du milieu aquatique par les polychlorobiphenyles (PCBs). Un cas sur le haut-Rhône ».

Extrait : « …En 1986, des analyses réalisées à la demande de la Fédération Rhône-Alpes des Associations de Protection de la Nature (FRAPNA) à partir des moules d’eau douce nous ont permis de préciser l’origine de la pollution. Les concentrations en PCBs étaient 100 fois plus élevées chez les individus capturés en aval du collecteur des effluents de la zone industrielle de la plaine de l’Ain, site sur lequel se trouve une usine de destruction des PCBs.

À la même époque, la capture de poissons par le Conseil Supérieur de la Pêche. (CSP) a également démontré la présence d’une forte contamination chez les individus prélevés en aval du collecteur. Pour les raisons précisées plus haut (exposition des zones de captage d’eau potable, consommation humaine des poissons contaminés) nous avons réalisé un rapport transmis en novembre 1986 à la Direction Départementale de l’Action Sanitaire et Sociale (DDASS) du Rhône. Ce. rapport a également été communiqué au Ministère de l’Environnement…. »


NDLR : Un nouvel article a été publié sur le sujet le 9 août 2007. Voir cet article.