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L’épandage en agriculture de boues d’épuration urbaines



Janvier 2001

En l’état actuel des connaissances, la Commission de Protection des Eaux ne peut que s’opposer à l’épandage sur les terres agricoles, des boues produites par les grosses stations d’épuration urbaines et recevant des eaux industrielles, au nom des principes de précaution et de sécurité alimentaire.

Ces boues contiennent d’innombrables éléments plus ou moins toxiques issus des industries et des produits chimiques. Ils peuvent interférer entre eux, devenant ainsi encore plus dangereux pour les êtres vivants et les consommateurs à travers la chaîne alimentaire. Il n’existe aucune preuve formelle de la totale innocuité des éléments ainsi disséminés dans les sols exploités par l’agriculture. On ne sait quantifier par l’analyse que quelques molécules (métaux lourds, PCB,..) parmi toutes celles rejetées dans les égouts ; les effets à long et moyen termes en sont inconnus actuellement (mutagènes, tératogènes, cancérogènes, ...). Ces analyses de " surveillance " ne concernent que quelques échantillons mensuels prélevés sur la masse des boues et ne sont donc pas représentatifs.

Ces boues ne sont pas nécessaires à l’agriculture qui dispose déjà d’assez de fertilisants naturels organiques(fumier, lisier), que souvent elle laisse perdre dans les rivières ou le sol.

L’utilisation comme engrais de ces boues s’oppose à la production de produits sains dont la traçabilité sera de plus en plus exigée par le consommateur. Celui-ci peut juger paradoxal de voir son " garde-manger " servir de poubelle, d’autant que les sols agricoles sont déjà suffisamment pollués (herbicides, insecticides, fongicides, engrais chimiques).

Il n’existe aucune police de l’environnement capable de faire respecter les procédures d’épandage avec rigueur (épandages excessifs, chevauchement des zones d’épandage, non respect des plans d’épandage, épandages en période pluvieuse ou de neige, ou dans des zones inondables ou drainée ou captées..), comme on peut le constater trop souvent. Ce sont les services de l’Etat eux-même qui reconnaissent au plus haut niveau cette situation : "La mission a constaté qu’en pratique, l’application des plans d’épandage n’était pas contrôlée" (Rapport sur la gestion et le bilan du programme de maîtrise des pollutions d’origine agricole, juil. 99, Inspect. Générale des Finances, Comité permanent de coord. des inspections du Minist. Agriculture, page 35, § E).

Il n’existe pas non plus de police de l’environnement capable de s’attaquer aux pollutions à leurs sources ; c’est à dire régler les problèmes des pollutions industrielles dues aux déversements à l’amont des stations d’épuration urbaines.

L’information et l’incitation auprès des fabricants et des consommateurs à n’utiliser que des produits non toxiques, biodégradables et recyclables devraient être systématiques, et attachées à l’obligation de résultats.

C’est seulement après l’application d’un tel programme que la valorisation agronomique des boues d’épuration serait envisageable. Ainsi, les agriculteurs pourraient rendre service à la collectivité en toute sécurité pour eux, leurs terres, et leurs productions dans l’intérêt de l’ensemble des citoyens. Cette situation semble hélas actuellement totalement irréalisable dans tous les projets d’épandage.


Les partisans de l’épandage des boues d’épuration sur les terres agricoles prétendent que ces boues sont contrôlées avant épandage. En fait des échantillons sont prélevés et analysés pour rechercher quelques éléments, essentiellement des métaux lourds. On ne risque pas de découvrir des molécules que l’on ne recherche pas.

Sur le terrain, ce sont en général les Chambres d’agriculture qui sont officiellement chargées d’étudier les terrains d’épandage, d’encadrer l’épandage des boues et d’en vérifier la conformité par analyses, de surveiller les sols, de conseiller les agriculteurs, de promouvoir l’épandages de boues...

En conclusion, une fois de plus on constate que rien n’est fait pour limiter la pollution chimique à la source de la filière "égouts - épuration - boues".

Dans les agglomérations, c’est l’anarchie qui continue à prédominer en matière de collecte des effluents industriels dans les égouts publics. On ignore le plus souvent la nature chimique de ces rejets ; alors en assurer la police par des analyses ponctuelles au niveau des établissements relève de l’utopie...

Exemple l’article L. 1331-10 du Code de la santé publique impose que « Tout déversement d’eaux usées, autres que domestiques, dans les égouts publics doit être préalablement autorisé par la collectivité à laquelle appartiennent les ouvrages (réseaux d’assainissements, stations d’épuration,..) qui seront empruntés par ces eaux usées avant de rejoindre le milieu naturel. L’autorisation fixe, suivant la nature du réseau à emprunter ou des traitements mis en oeuvre, les caractéristiques que doivent présenter ces eaux usées pour être reçues... ».

Demandez à consulter ces documents dans votre mairie, s’ils existent vous pourrez féliciter votre maire !!