Le réservoir géant creusé au sommet du Mont d’Or pour l’enneigement : une aberration écologique et paysagère mais pas que... Analyses et commentaires.



Le Conseil Général du Doubs et le Syndicat Mixte du Mont d’Or ont décidé de creuser dans l’environnement du sommet du Mont d’Or un réservoir d’eau d’altitude pour produire de la neige artificielle, en justifiant notamment leur décision sur la base de données météorologiques et d’études de rentabilité financière développées dans des études d’impact.

L’ensemble du projet a été orienté vers la nécessité absolue de fabriquer de la neige artificielle pour compenser des apports naturels qui font d’année en année de plus en plus défaut, en raison des effets du réchauffement climatique.

L’association estime que cette opération s’avère peu réaliste et pour le moins déraisonnable pour les raisons développées dans ce mémoire.

Celui-ci permettra à chacun, en particulier au citoyen se sentant responsable et concerné par le patrimoine montagnard, naturel et écologique, d’obtenir un autre éclairage.

La CPEPESC-FC


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Sur la base des études d’impact et de divers autres documents concernant la production de neige artificielle pour l’enneigement de pistes de ski, il a été possible à l’association de faire les commentaires et observations exposés ci-dessous.

I ) - Le contexte socio-politique

La décision de produire de la neige artificielle sur le Mont-d’Or a largement été commentée par les défenseurs de la nature, notamment par la CPEPESC de Franche-Comté, mais aussi par le parti EELV, qui, depuis de nombreuses années se sont opposés au projet.

Maintenant, nous n’en sommes plus au stade de projet puisque les travaux sont réalisés pour la première tranche. La mise en eau du réservoir collinaire était prévue avant le début de la saison de ski de l’hiver 2013 pour l’alimentation des canons à neige. Mais surprise, à Noël, il ne faisait pas assez froid pour les faire fonctionner ! ( voir article : METABIEF Mont d’Or : Une retenue et des canons à neige n’annoncent pas forcement l’enneigement ! )

Pour autant, il ne faut pas tirer de conclusions hâtives sur ce premier avatar et revenir aux faits.

Les critiques et avis d’opposition à ce projet, n’ont bien sur pas été entendus par le syndicat mixte du Mont-d’Or, ni par les autorités politiques et administratives départementales.

Plus généralement dans le monde, de nombreuses voix s’élèvent contre la production de neige artificielle, joliment appelée neige de culture, peut-être en référence aux productions agricoles des pâturages montagnards. Les pressions mercantiles et politiques doivent être fortes et habiles puisque de nombreuses installations similaires sont maintenant en œuvre dans quelques stations de ski françaises, européennes et nord-américaines. Mais si dans les Alpes et les Pyrénées, les conditions de températures négatives permettent plus facilement la production de neige artificielle, il n’en est pas de même pour les petites stations familiales de moyennes montagnes.

En France, plus particulièrement dans les zones de basses altitudes, les tolérances techniques et commerciales des communes et autorités publiques sont à rapprocher du souci politique de créer à tout prix des emplois et des revenus pour les opérateurs des stations de ski et les communes.

Remodeler artificiellement sans précaution de vastes étendues montagneuses, modifier l’aspect paysager (’’mémoriel’’), effacer des paysages de nos mémoires et souvenirs individuels et collectifs, ne semblent pas émouvoir les responsables politiques et économiques.

Pour ce faire, tout sera mis en œuvre pour que les études d’impact des projets s’accordent aux volontés des maîtres d’ouvrage.

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II) - Démarche d’exploration de ce dossier par la CPEPESC.

C’est dans cet esprit de vigilance et de doute technique et financier que l’association a relu et analysé les documents d’étude d’impact et de réalisation qui ont amené à ce projet. Elle reconnait que notre travail d’analyse a été fait sans concession et à charge. Elle a complété et renforcé notre étude, en faisant des recherches extérieures sur des sujets météorologiques, sanitaires ou techniques proches ou similaires. Ont été lu attentivement divers documents qui ont servi aux autorités et responsables de l’État pour prendre leur décision.

Nous avons eu une réflexion et une approche critique, ce qui nous a permis d’évaluer et de développer, sans a priori ni parti pris, quelques réflexions et observations générales sur la production de neige artificielle (neige dite "de culture") sur le sommet du Mont-d’Or.

Nous sommes parfois entrés dans des détails techniques qui n’auraient pas dû, en principe, nous concerner, puisque de natures opérationnelles (mais se sont dans les détails techniques que peuvent se "cacher" des risques ou impossibilités techniques et/ou financières).

Mais si nous avons pris le temps de faire cette analyse du projet, c’est pour montrer que l’étude de faisabilité n’avait, selon nous, pas été bien réalisée.

Selon nous, l’étude d’impact est incomplète ou mal interprétée, ce qui a eu pour conséquence de ne pas permettre à des responsables divers, d’avoir une bonne aide à la décision. Nous pensons que l’étude d’impact a été présentée sous des aspects trop positifs.

On peut espérer que des approches techniques et financières n’ont pas été occultées dans le but d’orienter favorablement la décision ? Rappelons qu’une aide à la décision ne peut se faire que sur la base de données non aléatoires et/ou complètes.

III ) - Les contextes géographique, climatique et économique.

Le massif du Mont-d’or est situé en moyenne montagne dans le Doubs à la frontière helvétique. Les travaux d’extension du domaine skiable de Métabief comprennent une station de pompage d’eau implantée en contrebas du lieu dit le Grand Étang sur la commune de JOUGNE. La JOUGNENA est un cours d’eau qui prend sa source en territoire helvétique et passe immédiatement la frontière. Ensuite après un parcours d’environ 10 km sur le territoire français, il retourne en Suisse pour se jeter dans l’Orbe.

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Depuis le Grand Étang, situé au bord de la JOUGNENA, (altitude 830m) des conduites enterrées doivent remonter l’eau jusqu’à un réservoir collinaire artificiel de 103.450 m3 creusé près du sommet du Mont-d’Or. Le site choisi pour ce réservoir est situé au col du MOROND, à 1350 mètres d’altitude. Sa surface en eau est de 19070m2. A noter que l’arrêté préfectoral n°2012362-0001 du 27 décembre 2012 autorisant la création de la retenue d’altitude du col du Morond prévoit que l’emprise totale du projet sera de 41 860 m², soit environ 4,19 ha dans le respect de la rubrique 3.2.5.0 de la nomenclature ICPE (article R. 214-1 du code de l’environnement). Pourtant, force est de constater que le projet a largement dépassé ce périmètre, pour atteindre, selon nos informations, près de 6,91 ha !

Il existait trois localisations possibles pour l’implantation de ce réservoir artificiel d’altitude. Le choix final s’est porté sur le secteur du col du MOROND, en s’appuyant sur des études d’impact intégrant des aspects techniques, environnementaux, paysagers, administratifs et financiers. Ces études ont été réalisées par KARUM et ABEST ingénierie.

Elles ont servi d’aide à la décision aux différentes autorités concernées (syndicat mixte de Métabief, Conseil général du Doubs).

La principale motivation des décideurs était d’augmenter le potentiel touristique hivernal et d’atteindre un équilibre financier dans quelques décennies (2 ou 3, durées différentes selon certaines évaluations ?), grâce à de nouvelles installations projetées (phase II).

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Phase 1 et phase 2

L’enjeu est aussi de compenser les pertes d’activités futures provoquées par le réchauffement climatique constaté ces dix dernières années. Ce changement climatologique, visible d’années en années (surtout depuis 1990), laisse augurer un déficit important de neige dans les prochaines décennies. Pour pallier le défaut de neige naturelle, des installations et équipements pour la production de neige artificielle ont été décidés. Ils devaient permettre d’amplifier la capacité touristique hivernale de la station, notamment à l’approche des fêtes scolaires hivernales (de Noël-nouvel an, de février et de printemps).

Les installations sont prévues en deux phases, chacune permettant l’extension progressive du réseau de pistes et de remontées mécaniques. La phase II aurait pour but, selon les études, d’amortir progressivement les dépenses d’investissement et d’exploitation. Le coût des travaux et installations (phase I et phase II) serait actuellement estimé à environ 9 millions d’euros.

IV ) - Les aspects négatifs du projet.

Nous avons surtout retenu 9 aspects négatifs du projet dont la phase I est d’ores et déjà achevée : les ouvrages et équipements, ainsi que le réservoir d’eau et les conduites de relevage (et/ou éventuellement de vidange), sont actuellement terminés. De nombreux éléments d’étude techniques et financiers semblent inexistants, à moins que nous n’en ayons pas eu connaissance, ce qui par conséquent laisse sans réponse bien des points importants.

Pour ce qui concerne les documents consultés, notre analyse ne présente que les aspects négatifs ou restés sans réponse au stade de l’étude d’impact, puis du projet. Trop d’éléments manquants ou imprécis apparaissent. Ces manquements n’auraient pas du en principe échapper aux donneurs d’ordre et maître d’ouvrage. L’association ne peut, sur la base des éléments et connaissances actuels du dossier, que formuler des réserves sur les intérêts technique, financier et la pérennité des installations et de leur utilité.

Ces réserves concernent les aspects suivants :

1 - La météorologie.

2 - La climatologie

La critique de ces deux sujets, a déjà été publiée sur ce site à Noël 2013 à la page : METABIEF Mont d’Or : Une retenue et des canons à neige n’annoncent pas forcement l’enneigement ! MISE AU POINT CLIMATIQUE.

3 - L’environnement.

Dans l’étude d’impact, les différents aspects environnementaux n’ont pas été étudiés correctement. En ce qui concerne les habitats naturels, comme sur les espèces, - le site héberge plusieurs espèces végétales protégées en région Franche-Comté - des données font défaut.

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D’ailleurs, des compléments d’information ont été demandés par les services de l’État sur l’état initial produit par l’étude d’impact mais aussi sur les incidences au titre de Natura 2000 ou en secteur protégé par arrêté préfectoral de protection de biotope (APPB). On peut donc considérer logiquement que l’étude d’impact n’a pas complètement rempli une fonction d’information impartiale du public.

Par ailleurs, l’impact global du projet comprenant la retenue, le réseau neige, la conduite d’amenée et la station de pompage n’est pas maitrisé sachant que le périmètre du projet se situe en partie en dehors des zones prospectées lors des inventaires.

Le bilan pour l’environnement risque d’être lourd à l’issue de l’achèvement des travaux. Des entorses à la réglementation ont d’ailleurs été relevées avec des destructions avérées de pieds d’espèces végétales protégées (Nigritelle noire et Gentiane acaule) et des infractions à la réglementation d’un Arrêté Préfectoral de Protection de Biotope.

4 - La géologie et la géophysique

A notre connaissance, aucune campagne sismique de réfraction légère et/ou de prospection électrique (électrosondages) ne semble avoir été réalisée sur le sommet du Mont-d’Or. Ce qui est très regrettable compte tenu de la nature karstique des sols de Franche-Comté et de leur manque d’homogénéité. Le BRGM par exemple, s’il avait été consulté par le maître d’ouvrage, aurait probablement suggéré de réaliser une campagne de mesures géophysiques et géo-mécaniques de la zone d’implantation du réservoir collinaire.

Il est vrai que ces roches calcaires aux nombreuses cavités sont géologiquement difficiles à explorer. L’étude de risques indique que pour les cavités karstiques situées sur le secteur du MOROND ’’on ne distingue pas d’anomalies karstiques en surface. Cela montre la faible sensibilité de la roche à la dissolution’’. Conclusion quelque peu hâtive, sachant que la dissolution des carbonates de calcium se fait par la percolation d’eaux acides provenant de l’humus et du CO2 atmosphérique dissous. Il y a peu de végétation sur le secteur du MOROND, cependant des cheminements d’eaux souterraines sous le col du MOROND peuvent avoir créés en profondeur des cavités ou des galeries dans des niveaux calcaires fissurés. L’existence d’un gouffre, ignoré dans l’étude, à quelques dizaines de mètres d’une digue le confirme d’ailleurs.

La conclusion de la mission géotechnique G2 complémentaire indique que : ’’les résultats de sondages destructifs réalisés ne remettent pas en cause la pérennité de l’ouvrage. Les failles ou anomalies ponctuelles rencontrées en fond de terrassement de la cuvette doivent être traitées de façon classique par comblement des vides en adoptant un grano-classement’’.

Quels ont été ces ’’sondages destructifs’’ ? Des forages avec carottages ? Peu vraisemblable, car ils n’auraient été d’aucun intérêt dans ce type de sol non homogène. Quelle est cette ’’mission G2’’  ? Aucun rapport n’est joint à l’étude d’impact. Sur ce sujet géotechnique, les décideurs bien informés auraient pu évaluer des risques éventuels.

Construit à faible distance des falaises, ce réservoir artificiel en forme de ’’haricot’’ est orienté approximativement Nord/Sud. Son emplacement et son orientation auraient dû alerter des géologues chargés d’évaluer des risques d’instabilité géologique. D’autant que la falaise de cette montagne montre des affaissements et éboulements qui ne sont pas d’origine glaciaire. Avant travaux, la falaise la plus proche aurait pu être inspectée pour en déterminer son histoire et ses mouvements anciens et récents. Des témoins marqueurs de mouvements de la roche auraient dû être installés. La recherche et l’historique d’effondrements récents en pieds de falaise auraient dû se faire par observations et consultations auprès des habitants et éventuellement de recherches dans les archives régionales.

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D’autant, que le réservoir a été en grande partie excavé à l’aide d’explosifs, ce qui a pu provoquer des contraintes ou des mouvements dans la roche. Les ondes de choc sont susceptibles de se prolonger par résonance dans le sous-sol. Ces ondes de choc répétitives peuvent libérer à plus ou moins long terme des contraintes anciennes et/ou nouvelles. Il en va de la résistance géologique de la montagne et de la stabilité géologique future du site et du réservoir collinaire.

En outre, le massif peut être sujet à des mouvements telluriques pouvant atteindre 5 sur l’échelle de Richter (le Jura Franco-Suisse est en zone tellurique modérée (type 3) (voir les cartes sismiques françaises – Plan séisme, décret 2012-1255 du 22.10.2010 et cartes suisses). Rappelons qu’en février 2004 Besançon a subi une secousse sismique de 5,1 de magnitude. L’étude d’impact fait état pour le secteur du col du MOROND ’’ risque sismique de type A – Risque très faible, mais non négligeable’’. Par ailleurs, le massif n’est pas inerte, il continue sous la poussée alpine de se déformer imperceptiblement.

Le réservoir rempli à son niveau maximum a un volume de 103.450 m3, soit une masse de plus de 103.450 tonnes, ce qui correspond au poids d’une dizaine de tours Eiffel posées sur une superficie de deux hectares au bord de la ligne de crête. Le réservoir est retenu par une digue barrage. Un déversoir de décharge (ou selon l’étude d’impact appelé : ’’exutoire de vidange’’ est installé en amont d’un thalweg naturel. Dans le chapitre ’’risques naturels’’ l’étude d’impact indique : ’’risque d’aléas d’inondation sur la commune des Longevilles-Mont-d’Or, secteur traversé par le lit du thalweg de la vierge, exutoire de la retenue inscrite au projet’’.

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En cas de rupture accidentelle de digue, ce thalweg sera en effet le chenal d’évacuation du flot !

En pleine eau, la compression au point le plus profond sera d’un peu moins de 1 bar/cm2. L’effet de coin sur le substratum rocheux ne manquera pas de se produire dans la zone la plus profonde du réservoir (-9,4 m.). Cet ouvrage devrait à notre avis être continuellement surveillé, notamment en cas de secousses telluriques soudaines...

Les digues sont-elles suffisamment élevées et résistantes à des ondes sismiques (des préconisations de construction ont été faites par la société ABEST) ? Seraient-elles suffisamment étanches et dimensionnées pour résister aux mouvements de roulis ou tangage de la masse d’eau qui s’amplifient en altitude sous l’action d’éventuels mouvements telluriques répétées et orientés perpendiculairement au profil en long du réservoir ?

Le bureau d’étude indique dans son rapport que les : ’’Études géotechniques d’ordre G2, G12 et G2 (faisabilité, avant projet, projet) concluent sans réserve à la pérennité de l’ouvrage tant au vu du terrain naturel sur lequel il s’implante, qu’au vu des effets de charge en exploitation’’.

Nous voudrions bien les croire.


Dans l’excellent ouvrage « Montagnes du Jura - Géologie et paysage » de Vincent BICHET et Michel CAMPY, concernant les falaises du Mont d’Or dominant Vallorbe on peut lire dans l’encadré de la page 53 : ’’Les versants en déséquilibre : éboulis dû au gel, écroulement de falaise et glissements de terrain. Comme tous les massifs montagneux, le Jura présente localement des versants qui n’ont pas atteint l’équilibre et qui se déstabilisent périodiquement. Les effets en sont assez brutaux et s’expriment sous forme d’écroulement de falaises, d’éboulis ; de glissement de terrain. Ce type de versant peut rester stable pendant longtemps. Au cours de cette période, une érosion de sapement continue discrètement sans manifestation brutale. La déstabilisation survient lors d’une cause aggravante exceptionnelle : forte pluie, dégel rapide, tremblement de terre...ou parfois travaux d’aménagement.’’

A noter que ce livre, écrit par des spécialistes réputés a été financé avec le soutien d’aides publiques dont celle du Conseil général du Doubs. Il est regrettable que ce finançeur décideur ne se soit pas inspiré de ces informations géologiques pertinentes...


5 - Les modes et phases de fonctionnement des installations.

Malgré nos recherches, nous n’avons pas trouvé un projet de fabrication de neige artificielle similaire, c’est à dire, qui aurait nécessité une prise d’eau située à un niveau aussi bas par rapport à un niveau aussi élevé du réservoir. A notre connaissance il n’existerait pas d’équivalent dans le monde, d’un réservoir collinaire qui serait rempli par des pompes de relevage pompant dans un cours d’eau situé à 550 mètres en contrebas !!

En principe, la plupart des réservoirs se remplissent naturellement par gravité par l’écoulement d’eaux de proximité (cours d’eau, fontes de neige ou glacier, etc..). Il résulte, entre autre, de cette particularité de relevage d’eau aussi conséquent, que, dans le calendrier, les ’’fenêtres’’ de production de neige artificielle seront réduites. Pour assurer un bon remplissage, il faudra que soit établi un planning très serré qui fasse coïncider de nombreux facteurs techniques et commerciaux. Il n’est pas certain d’arriver à faire coordonner aisément différents impératifs, comme ceux indiqués ci-après :

- Les périodes et durées des vacances scolaires,

- les conditions météorologiques et climatiques dont notamment la fréquence de températures inférieures à -3°C., qui selon l’étude d’impact seront suffisantes, ’’minimum 300 heures de températures inférieures à -3°C, soit moins de 1/3 du créneau disponible à terme’’ . Mais encore faudra t-il que ces 300 heures soient au rendez-vous avant les fêtes et congés scolaires de fin d’année,

- la disponibilité d’eau dans le JOUGNENA normalement largement suffisante selon l’étude d’impact (moins de 3 % du débit soustrait). Il faudra cependant que les périodes de débits conséquents (ayant servi de référence) soient au rendez-vous. Les crues et étiages pourraient se modifier au cours du temps, sous l’influence du réchauffement climatique,

- les durées et périodes des remplissages du bassin collinaire. Pour ce faire, il ne faut pas d’incidents de fonctionnement. Il est prévu une durée d’un mois pour remplir totalement le réservoir. Mais le remplissage pourrait durer plusieurs mois si l’on veut économiser l’électricité en périodes d’heures creuses d’EDF.

- les temps de fabrication de la neige artificielle.

- la consommation électrique en tarifs heures creuses (prévue dans l’étude financière).

Certes tout cela se gère, mais il faut que tous ces paramètres soient présents et réunis pour atteindre les objectifs de remplissage optimum. Si ces paramètres ne sont pas réunis (aléas climatiques, par exemple), il en résultera des impossibilités d’amortissement et pertes de rentabilité économique de l’ensemble du domaine skiable.

6 - Les impacts ’’mémoriels’’ et atteintes à l’authenticité du paysage.

L’aspect paysager ne peut pas être ignoré. Les décideurs n’ont pas été particulièrement sensibles à la beauté et à l’aspect ’’mémoriel’’ des paysages naturels sommitaux du Mont d’Or.

Dans l’étude d’impact, les bureaux d’étude n’ont pourtant pas ignoré cet aspect. Leurs conclusions sont à tendances négatives. Si les décideurs avaient été conscients de l’impact de ces travaux, ils n’auraient pas excavé, ’’écorché’’ la crête d’un sommet emblématique que des générations d’humains ont imprimée dans leur mémoire existentielle.

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L’étude d’impact souligne clairement que : les enjeux paysages , aussi bien pour ’’la cohérence paysagère globale du MOROND’’ que pour ’’les perceptions rapprochées du secteur du col’’ sont notés ’’de moyen à fort’’ . Également, il est indiqué dans l’étude que : ’’les enjeux sur les qualités potentielles de l’inscription paysagère et de son intégration paysagère’’ étaient ’’forts’’. On ne peut pas être plus clair, ces commentaires négatifs indiqués dans l’étude d’impact sur l’enjeu paysager ne semblent pas avoir été entendus par les décideurs.

Cette marque indélébile issue du ’’génie’’ humain ne laissera pas qu’une blessure incongrue sur les crêtes du Mont-d’Or, elle s’inscrira aussi par un vide, une absence et une agression ’’mémorielle’’ auprès des futures générations.

Malheureusement, la conservation des paysages naturels, surtout les plus emblématiques, n’est pas encore intégrée, dans l’esprit des décideurs politiques et économiques comme un bien inaliénable à protéger et à transmettre aux générations futures. Les destructions, modifications et outrages géographiques et paysagers faites à nos paysages et à nos lieux historiques inscrits dans nos mémoires visuelles, sont soustraites définitivement à la vue des futures générations. Ces actes ne grandiront pas leurs auteurs.

Les élus décideurs ou financeurs, la presse (du moins ce qu’il en reste) et la société civile, ont-ils lu attentivement cette partie du rapport d’étude concernant l’impact paysager ? Pourquoi, un silence complice a t-il entouré cette dégradation et agression paysagère ?

7 - Enjeux économiques et financiers.

Comme l’indiquait en 2010 le Conseil Économique et Social de Franche-Comté à la page 27 de son rapport d’auto-saisine "Le climat change, la Franche-Comté s’adapte" en ce qui concerne la station des Rousses :

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L’avis du CESR de France-Comté

’’Les Rousses (39) : un recours réfléchi à l’enneigement artificiel. La réflexion engagée par les différents partenaires et co-financeurs (Communes, Conseil général du Jura, Conseil régional, PNR du Haut Jura, Commissariat de Massif) sur la place de la neige artificielle sur les différents sites alpins de la station des Rousses paraît réaliste et prudente : ici pas de surinvestissement pouvant plomber les finances et causer de graves atteintes à l’environnement (paysage et ressource en eau), mais un développement se basant sur l’objectif mesuré, en l’absence de neige, d’une piste familiale ouverte grâce aux canons’’. La réflexion est mesurée et traduit bien le risque financier pour des investissements disproportionnés par rapport à l’enjeu économique et social.

Pour le Mont d’Or, l’amortissement des deux phases du projet est prévu sur une période de 20 ans dans certaines analyses de l’étude d’impact, 30 années pour d’autres ? Mais l’étude indique aussi que la station pourrait diminuer son déficit d’exploitation annuel, passant de 700.000€ à près de 500.000€, après la première phase de travaux d’extension. L’amortissement serait achevé (d’après l’étude d’impact), après la réalisation des installations de la phase II, dont notamment la création de nouvelles pistes skiables et de remontées mécaniques. Mais le bilan financier n’est pas suffisamment détaillé.

Nous observons cependant que le déficit annuel aurait été de 700.000€ par an avant la mise en route des nouvelles installations. Et il conviendra notamment d’intégrer tous les frais de fonctionnement induits par les nouveaux équipements.

8 - Le suivi, les contrôles et surveillances des installations et équipements

Les études d’impact ne font état d’aucune recommandation, d’aucune précaution ou contraintes administratives pour les suivis, contrôles, vérifications périodiques des équipements et ouvrages. Les flancs de la montagne ne sont pas équipés de témoins de mouvements du substratum rocheux ou de rupture de digue. Il ne semble pas prévu de surveiller par analyses l’éventuelle contamination des eaux du réservoir, puis celles de ruissellement après la fonte des neiges (germes pathogènes, virus, champignons, additifs chimiques ou naturels qui pourraient être utilisés pour la fabrication ou le compactage de la neige artificielle).

9 - Les conséquences sanitaires

Il est indiqué dans les études d’impact qu’aucun additif cryogène ne serait utilisé pour la fabrication de la neige artificielle. Ces produits ne seront-ils réellement pas utilisés ? Parfois, la pression commerciale peut amener à des dérives. On sait ce que valent les engagements et promesses. Et en France aucune législation ne réglemente l’utilisation d’additifs (durcisseurs, solidifieurs du manteau neigeux). Ils peuvent donc, en conséquence, être utilisés ponctuellement et/ou discrètement.

Si cela était le cas pour la production de neige artificielle sur le Mont-d’Or, les produits se retrouveraient dans le milieu naturel et les captages des eaux souterraines du Mont d’or à la suite de la fonte. A noter que l’infiltration des eaux dans le karst du massif est grandement favorisée par tous les travaux qui modifient les caractéristiques et la structure du sol superficiel.

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Certes, les stations françaises prétendent ne plus utiliser d’additifs pour la fabrication de neige artificielle, mais qui vérifie ? Le plus connu, le SNOMAX ne serait plus commercialisé en France, mais il existe d’autres produits dont l’utilisation peut avoir des conséquences sanitaires et environnementales non négligeables.

Quant aux eaux du réservoir d’altitude, provenant d’eaux superficielles non indemnes de pollution, l’étude n’indique pas si elles seront contrôlées. Les germes sont parfois résistants aux procédés d’enneigement et aux basses températures, ils peuvent sous la forme d’aérosols affecter le système respiratoire des usagers pendant la diffusion de la neige artificielle puis, ensuite par la fonte des neiges, impacter la qualité sanitaire de la ressource en eau souterraine des captages du Mont d’Or (Et que certains rêvaient de mettre en bouteilles !).

V) - Conclusions.

Certes, l’association n’a pas eu accès à toutes les données du dossier. Cependant, au regard de ce qui a pu être consulté, il est flagrant que l’impact environnemental sera lourd et qu’en contrepartie le rendement financier des aménagements projetés ne couvrira probablement pas les investissements engagés.

L’ensemble du projet est orienté vers la nécessité absolue de fabriquer artificiellement de la neige pour compenser des apports naturels qui d’année en année se réduisent en raison du réchauffement climatique.

A notre avis l’engagement technique et financier des travaux du Mont-d’Or engagés par le Syndicat mixte du Mont-d’Or et le Conseil général du Doubs s’avère déraisonnable pour plusieurs raisons :

- L’étude d’impact indiquait trois sites potentiels pour l’implantation du réservoir d’eau collinaire. Le col du MOROND a été choisi pour des raisons qui ne semblent pas aussi évidentes que celles exposées dans l’étude d’impact.

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Le choix de cet emplacement n’a pas été très judicieux : proximité de la ligne de crête, hauteur de 550m depuis le pompage de la JOUGNENA, implantation à risques du réservoir en tête du thalweg de la vierge aboutissant sur le village des Longevilles-Mont-d’Or, risques sismiques existants, etc.

- Les données sur les conditions climatiques et météorologiques présentées en justification dans l’étude d’impact, paraissent beaucoup trop sommaires pour être utiles à la décision. Pour faire de la neige artificielle, il faut disposer durablement d’une température utile de -3°C (au moins) pour des périodes commerciales d’activités très déterminées. Cela n’a pas été vérifié par une recherche de données plus exhaustive. La réalisation d’une étude climatologique locale aurait permis de ne pas se tromper.

- Le réchauffement climatique annoncé par le GIEC dans les prochaines décennies (hausse des températures et faibles précipitations de neige naturelle) ne pourra que contribuer à ne pas permettre d’assurer à la fois la pérennité des installations et leur amortissement financier.

- Les risques géophysiques et sismiques sont annoncés comme faibles par l’étude d’impact, mais ils ne peuvent pas être considérés comme inexistants, puisque déjà observés dans la région. Ne sont-ils pas augmentés en ligne de crête, non loin de falaises ?

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Neige de culture - État des lieux et impacts environnementaux – Note socio-économique - - Conseil Général de l’Environnement et du Développement durable n° 006 332 - Juin 2009

- La montée du désintérêt des skieurs pour des séjours en stations de basse altitude en raison des incertitudes liées au manque de neige. Et les stations alpines, trop "voisines" du Mont d’Or, disposent de l’atout attractif majeur d’une vraie permanence hivernale du manteau neigeux.

- La création d’activités et d’emplois est un objectif social louable, mais cela ne peut se faire durablement que dans un contexte d’équilibre financier. L’étude d’impact fait d’ores et déjà apparaître un déficit, même avec un enneigement maximum et malgré une extension du projet en phase II.

- L’étude de 2009 réalisée par le Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable CGEDD), dont la mission est d’informer et de conseiller les ministres et les pouvoirs publics, pour donner corps aux démarches de développement durable, a fait un état des lieux rigoureux des stations de ski qui ont investi dans la fabrication de neige de culture : la commission mandatée par le ministère de l’écologie s’est montrée très réservée sur les procédés et les investissements, notamment pour les stations de basse montagne. De nombreuses recommandations ont été émises par cette commission.

Regarder autrement vers les sommets serait-il une vertu inexistante chez nos décideurs publics ?


VII) Principaux documents étudiés :

- Étude d’impact ABEST ingénierie de décembre 2011 ;

- Projet KARUM actions nature référence 2011148Ra_120423 du 23.04.2012 ;

- Annexes de l’étude d’impact.

- Dossier loi sur l’eau du projet.

- 25ième colloque de l’association de climatologie - Grenoble 2012.

- Conseil Général de l’Environnement et du Développement durable n° 006 332 - Juin 2009 - Neige de culture - État des lieux et impacts environnementaux – Note socio-économique.

- Montage CPEPESC sur travaux d’excavation du réservoir d’altitude.

- Documents bibliographiques divers.

- Le climat change, la Franche-Comté s’adapte, 2010, Rapport du conseil économique et social de Franche-Comté.

- La neige de culture - Risques sanitaires- avis et rapport AFSSET 2008

- Divers commentaires et analyses publiés par la CPEPESC.


ET BIEN SUR, à voir, à revoir et à diffuser :

- MONT D’OR : Requiem pour le paysage au sommet du département du Doubs !