Inondations soudaines d’Eloie (90) suite à la rupture en 2001 des digues des Bassins écrêteurs de crue sur la Rosemontoise



Dimanche 30 décembre 2001 au matin, un torrent d’eau et de boue dévaste soudainement une partie des villages d’Eloie et de Valdoie. Plusieurs centaines d’habitations sont gravement touchées et plus d’un millier de personnes ont été sinistrées. Heureusement, seule une personne a failli être emportée par la crue.

C’est la rupture brutale de plusieurs bassins, dits "écrêteurs de crues" et mis en place il y avait tout juste un an le long de la Rosemontoise, qui est à l’origine de ce véritable raz-de-marée, dont le passage n’a, par chance, fait aucune victime. Néanmoins, les dégâts matériels occasionnés par la lame d’eau sont considérables.

Le lendemain, la CPEPESC diffuse un communiqué de presse :

« Inondations : le bricolage catastrophique des lits majeurs des rivières !

A la suite de la vague de crues qui a inondé et ravagé le village d’ELOIE près de BELFORT, la CPE ne peut que rappeler son opposition « à l’aménagement » des lits majeurs des rivières, c’est à dire de leurs zones naturelles de débordements.

C’est une ineptie de vouloir construire des digues et des bassins dits d’écrêtement ou de rétention des crues en amont des zones habitées, ou que l’on veut urbaniser sur des terrains inondables ! Ces bassins peuvent même se révéler catastrophiques (la preuve !) car l’amplitude maximum et la violence des crues restent des inconnues !

Cette soudaine et brutale inondation n’est pas ce que techniquement on peut qualifier de crue centennale .... Heureusement !!! Tant que les décideurs n’auront pas compris que s’il faut lutter contre un débordement c’est contre celui de l’urbanisation et des aménagement dans les zones inondables ! Sinon les catastrophes continueront inévitablement à se succéder. Elles ne sont pas le fruit du hasard !

Pour que les responsabilités soient clairement établies, la CPE a décidé de déposer plainte devant la justice pour atteinte à l’environnement et mise en danger de la vie d’autrui. »

L’association motivera sa plainte par une note explicative sur la genèse du type d’aménagement en cause

« Le lit majeur d’un cours d’eau correspond à l’ensemble de la zone concernée par l’amplitude maximum des inondations. Il constitue le lit de crue de la rivière, indispensable à la fois pour évacuer la totalité les eaux du bassin versant et assurer l’expression de la rivière. C’est une "soupape de sécurité" naturelle, établie au long des millénaires et dont il faut garantir l’existence.

Depuis plusieurs décennies, on cherche à réduire ces champs d’expansion et ces zones naturelles de débordement, afin d’étendre l’urbanisation, dans une logique unique de rentabilité économique à court terme. Très souvent, les décideurs jouent les aveugles devant les réalités environnementales et les risques engendrés par ces pratiques.

Chaque année, les conséquences de ces aménagements mal maîtrisés se font sentir de plus en plus durement, au travers des inondations qui touchent les zones urbaines, avec une fréquence et une violence accrues. Malheureusement, l’ampleur de telles catastrophes ne trouve plus pour seule origine une pluviométrie inhabituelle.

Pour "protéger" l’existant, mais aussi dans le but trop souvent inavoué de pouvoir continuer à urbaniser des secteurs inondables, notamment aux abords des agglomérations, certains décideurs ne se sont pas contentés d’édifier des digues ; ils ont artificialisé complètement le lit et les berges de la rivière, bouleversant ainsi totalement la dynamique des crues. C’est le cas du bassin versant de la Rosemontoise (comme d’ailleurs de la rivière voisine, la Savoureuse).

L’objectif affiché des travaux réalisés sur la Rosemontoise (comme sur la Savoureuse) est d’écrêter les crues, afin de diminuer la fréquence et l’amplitude des débordements dans la partie de la zone inondable considérée comme étant la plus vulnérable pour les personnes et les biens.

L’objectif sous-jacent se dessine alors sur certains secteurs, devenus ainsi plus aptes au maintien et à la poursuite de l’urbanisation. Cette approche apparaîtrait défendable si le volume instantané de la future plus grande crue pouvait être connu... Or, ce n’est pas le cas. Personne ne peut prétendre le connaître !

Les calculs et prévisions avancés par les aménageurs se bornent à prendre en compte les seules données du passé, où les crues "décennales" ou "centennales" ne devraient constituer que des indicateurs, et non des références absolues. De toute évidence, la crue maximum reste une inconnue, qui doit inciter à bannir, et en premier lieu pour des raison de sécurité publique, tout bricolage dans le fonctionnement des cours d’eau !

Ainsi, l’installation de bassins de stockage dans le fond des vallées inondables ne peut limiter ou retarder les crues que pendant la durée de leur remplissage. Mais ils ne réduisent en rien l’étendue des zones inondables nécessaires à l’écoulement optimum de la rivière.

Contrairement aux champs naturels d’expansion des crues, constitués de surfaces importantes où la hauteur d’eau est limitée à la hauteur de l’inondation, les bassins d’écrêtement sont de simples réservoirs, de capacité limitée, où l’eau s’accumule derrière des digues, de plus ici fragiles et beaucoup trop hautes. Situées à l’aval d’un grand bassin d’alimentation en entonnoir, constitué par le versant sud du massif vosgien, ces installations sont particulièrement vulnérables et les possibilités de rupture variées (affaissement de digue, infiltrations, gel, phénomènes d’érosion, bouleversements liés à une crue de forte amplitude, défaut d’entretien, risque sismique ou encore actes de malveillance...). Les dizaines, voire les centaines de milliers de mètres cube d’eau ainsi stockés, constituent une véritable épée de Damoclès, juste en amont des zones habitées.

Fort heureusement, cette tragique éventualité ne s’est concrétisée que sur l’une des trois séries de bassins, et avec la configuration la moins problématique (pluviométrie importante mais limitée dans le temps et certainement pas exceptionnelle, enneigement réduit sur le bassin versant, distance supérieure à 1 km entre la digue rompue et la zone habitée la plus proche...). Malgré cela, la vague ayant ravagé Éloie mesurait tout de même 1 mètre de haut à l’entrée du village !

On n’ose à peine imaginer le même scénario dans une configuration plus pénalisante. A Chaux, la distance entre le troisième bassin et les premières habitations est à peine de 200 mètres, la digue mesure près de 7 mètres de hauteur et aucune forêt, comme à Éloie, n’est là pour ralentir la vitesse de propagation de la vague déferlante !

Enfin, notre association a toujours été étonnée qu’à travers cette politique de construction de bassins d’écrêtement, on laisse croire aux populations, souvent à grand renfort d’argent public et de publicité :

- que les inondations ne seront plus qu’un mauvais souvenir ;
- que l’on peut continuer à " envahir " le lit majeur des rivières et à réduire les champs naturels d’expansion des inondations par les aménagements et les remblais ;
- que l’on peut poursuivre la réduction des composantes naturelles du lit majeur : espaces naturels, ripisylves, zones humides, prairies... Ce sont aussi des facteurs de régulation : la baisse du coefficient de rugosité des sols engendrée par la diminution, voire la destruction de tous ces éléments naturels se traduit par une accélération des écoulements. »