Eoliennes & mortalité de chauves-souris : des nouveaux chiffres ...


Depuis de nombreuses années, les études montrent que les chauves-souris sont plus nombreuses que les oiseaux à être victimes des éoliennes.

Outre les chocs directs avec les pales, une des causes de mortalité très souvent découvertes pour les chauves-souris est le barotraumatisme. C’est-à-dire la baisse brutale de la pression de l’air au voisinage des lames dont la vitesse dépasse, à leur extrémité, la barre des 200 km/h. Le phénomène est bien connu du monde de la plongée où, durant la remontée à la surface, les plongeurs doivent respecter des paliers afin d’éviter un accident de surpression.

Démontrée dans la revue Current Biology du 26 août 2008 (BAERWALD et al., 2008), les scientifiques canadiens avaient examiné, dans un parc éolien de la province d’Alberta, les cadavres de 188 individus de chiroptères. Après des autopsies menées sur 75 individus, 92 % des cas révélaient une hémorragie interne dans la cage thoracique ou la cavité abdominale. Cette hypothèse scientifique avait déjà été évoquée dans le cadre d’un suivi mené en France sur le parc éolien de Bouin (DULAC, 2008).

Et en ce début du mois d’août 2010, plusieurs rapports de suivi de mortalité sur des parcs éoliens menés en France (Aveyron, Crau & Lozère) et en Allemagne confirment une mortalité régulière pour une dizaine d’espèces de chiroptères (Murin à oreilles échancrées, Grande Noctule, Noctule de Leisler, Sérotine commune, Pipistrelle commune, Pipistrelle pygmée, Pipistrelle de Kuhl, Pipistrelle de Nathusius, Vespère de Savi, Molosse de Cestoni). Depuis 2003, en France, c’est 15 espèces (Murin à oreilles échancrées, Murin de Bechstein, Grand murin, Noctule commune, Noctule de Leisler, Grande Noctule, Sérotine commune, Pipistrelle commune, Pipistrelle pygmée, Pipistrelle de Kuhl, Pipistrelle de Nathusius, Vespère de Savi, Barbastelle d’Europe, Minioptère de Schreibers et Molosse de Cestoni) découvertes au pied d’éoliennes (dans le cadre d’un suivi ou de manière anecdotique) pour près de 600 individus.

Et les dernier chiffres convergent tous vers une fourchette d’estimation régulière entre 33 et 79 individus/éolienne/an sur ces 4 parcs qui, espérons le, sont les plus mal placés des 300 parcs éoliens français (comptant au 1er janvier 2009, 1 600 machines en fonctionnement).

Les chauves-souris n’avaient pas forcément besoin de cela ...



BAERWALD E.F., G.H. D’AMOURS, B.J. KLUG & R.M.R. BARCLAY. 2008. Barotrauma is a significant cause of bat fatalities at wind turbines. Current Biology Vol 18 N°16 : 695-696.

DULAC, P. 2008. Evaluation de l’impact du parc éolien de Bouin (Vendée) sur l’avifaune et les chauves-souris. Bilan de 5 années de suivi. Ligue pour la Protection des Oiseaux délégation Vendée / ADEME Pays de la Loire / Conseil Régional des Pays de la Loire, La Roche-sur-Yon - Nantes, 106 pages.