Dossier méthanisation de Reugney (suite) : Réactions de la CPEPESC et du nouveau Collectif SOS Loue et rivières comtoises



Dans l’édition de Besançon du quotidien régional l’EST REPUBLICAIN du 22 septembre 2010, dans une article « Droit de suite », Serge Grass, représentant des consommateurs au CoDERST (Conseil Départemental de l’Environnement et des Risques Sanitaires et Technologiques) du Doubs et « partisan de l’agriculture biologique », prenait la défense du projet contesté de méthanisation (et donc d’épandage des résidus) de Reugney avec des arguments pour le moins surprenants pour ceux qui se préoccupent des problèmes de la Loue. Pour S. Grass « ce projet permet des améliorations environnementales importantes ..... ».

La CPEPESC et le nouveau Collectif SOS Loue et rivières comtoises ne pouvaient que réagir sur les arguments de S. Grass. Un communiqué de presse commun en réponse a été transmis au journal, le 27 septembre 2010. En voici le texte.

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Réponse à l’article « Droit de suite » du 22 septembre 2010 sur le projet de Méthanisation de REUGNEY (25)

Communiqué de presse du 27 septembre 2010

La CPEPESC et le Collectif SOS Loue et rivières comtoises tenaient à apporter de multiples précisions quand aux propos récemment tenus par Serge Grass membre du CoDERST dans l’article du 22 septembre 2010 au sujet de l’unité de méthanisation de Reugney.

Certaines contre-vérités véhiculées par son intervention, contribuent à la désinformation initiée par la préfecture pour minimiser les risques environnementaux pourtant bien réels de ce projet.

La mise en avant de sa peinture verte (valorisation de déchets agro-industriels et mise en place d’une serre maraîchère bio) ne change rien à un bilan global très négatif  : pollution des eaux, appauvrissement de la biodiversité, dérive vers une agriculture intensive (concentration des élevages et mise en place de caillebotis) et risques liés aux déchets traités. Pour exemple le risque de contamination par des OGM lié aux traitements de déchets de l’industrie agro-alimentaire par cette unité de méthanisation qui bafouera purement et simplement le cahier des charges de l’AOC Comté. Dans ce dossier certains interlocuteurs font finalement peu de cas de l’environnement et des citoyens consommateurs alors qu’ils sont sensés pourtant les défendre.

Ce projet n’est en rien « le meilleur qui ait été présenté au CoDERST » mais reste bien l’exemple d’une erreur à ne pas commettre. Surtout qu’une réflexion collective globale et non dogmatique permettrait de faire émerger un projet exemplaire en matière agricole, environnementale et de gestion des déchets. Cela reste encore possible à Reugney.

POUR EN SAVOIR PLUS :

Les réalités à rappeler :

- Le fractionnement des épandages était prévu bien avant le CoDERST (et une éventuelle intervention de certains de ses membres) : un rapport de présentation en MISE (mission interservices eau) du 4 juin 2010 propose déjà une telle modification soit 1 mois avant le CoDERST qui a eu lieu le 1er juillet 2010).

- Les déchets représenteront plus de 60% des quantités méthanisées et non 40% : la quantité totale d’azote produite sera de 34000UN dont plus de 20000 issues de déchets (ces chiffres proviennent des documents officiels liés au projet).

La serre maraîchère bio, du rêve à la réalité, une nouvelle occasion ratée.

Si nous ne sommes en rien opposés à l’agriculture biologique, bien au contraire, certains points méritent toutefois d’être soulignés :

- Produire du bio au prix d’une production de lisier en quantité colossale, n’est pas le meilleur moyen de valoriser la filière à moyen et long terme.

- Le bio ne peut s’affranchir d’une démarche globale sérieuse. A titre comparatif des fraises bio du Chili vendues chez nous en Hiver sont-elles réellement écocompatibles ? Il en est de même ici avec le problème de pollution des sols et des eaux.

- Chauffer une serre n’est ni indispensable si on respecte la saisonnalité des produits, ni écologique surtout à 700 mètres d’altitude. Cette chaleur pourrait intelligemment servir à dessécher le digestat pour l’exporter hors du bassin versant.

- Il est surtout dommage que « les partisans de l’agriculture biologique » ne parlent pas des déchets issus de l’usine Nestlé de Pontarlier qui seront méthanisés et épandus à Reugney : le Nesquik produit à Pontarlier est sur la liste rouge des produits OGM de Greenpeace (2), le risque de retrouver des OGM dans les déchets de l’usine ne peut être écarté. On est d’autant plus inquiets quand le patron de Nestlé affirme que « les OGM sont plus sûrs que le bio » (3). En plus d’être contraires au cahier des charges de l’AOC Comté et au cahier des charges du bio, les OGM ne sont pas sans risques pour l’environnement voire la santé….

Mise au point sur les données agronomiques :

- Fractionner des épandages d’azote minéral n’ôte rien au caractère minéral et donc lessivable de l’azote surtout dans une zone hautement perméable.

- L’épandage par pendillards réduira assez peu les risques car, développé en Bretagne, il ne semble pas des plus adaptés à la géographie du lieu (1).

- Les installations classées ne constituent pas, en matière agricole, un exemple de protection de l’environnement : ce sont des installations le plus souvent intensives avec des concentrations animales importantes. Les plans d’épandage, sans contrôle réel, ne constituent en aucun cas une garantie de bonnes pratiques. A titre d’exemple les porcheries industrielles sont des installations classées avec plan d’épandage...

- Des exploitations traditionnelles de petite taille avec élevage sur paille peuvent parfois poser moins de problèmes.

- Parler de nombre d’exploitations classées et non de nombre de bovins est une grossière erreur : les installations classées sont les plus grosses installations et sont donc celles qui, même minoritaires en nombre, gèrent une grande partie du cheptel.

- Ne pas être partisan de l’agriculture intensive et valider un projet où les vaches seront élevées sur caillebottis comme le sont les cochons semble bien étrange.

Problématique de la valorisation des déchets :

Tout le monde s’accorde pour dire que la valorisation est indispensable, mais encore faut-il gérer convenablement les résidus ce qui est tout à fait possible sauf que le projet de méthanisation de Reugney ne le prévoit pas à nos yeux.

Des interrogations peuvent aussi légitimement se poser sur l’origine des déchets et leur toxicité potentielle. Car en plus de Nestlé, c’est Terralys, filiale de la multinationale Suez Environnement, qui fournira à Reugney des déchets agro-alimentaires qui seront méthanisés puis épandus.

Les déchets à traiter ne manquent pas, il apparaît donc important de privilégier les moins toxiques et les filières d’approvisionnement local.

Donc beaucoup d’approximations techniques, de désinformation et d’incohérences.

Bibliographie :

(1) L’épandage par pendillards consiste à épandre le lisier via une rampe horizontale fixée à l’arrière de l’épandeur et directement au contact du sol. Très utilisé en Bretagne où les sols sont plats, son efficacité sera très discutable sur la plupart des terres des plateaux jurassiens beaucoup plus vallonnés. Son but premier reste de toutes façons d’éviter la volatilisation de l’azote et donc la pollution atmosphérique.

(2) http://guide-ogm.greenpeace.fr/guideogm.pdf" : pour les produits en liste rouge : « le fabricant ne certifie pas que les produits animaux ou issus d’animaux, utilisés dans la fabrication de ses produits, proviennent de bêtes nourries sans OGM. Les entreprises qui ne nous ont pas répondu sont également classées ici »

(3) Peter Brabeck, PDG de Nestlé dans une interview au Financial Times du 23 juin 2008.