Braconnage du bruant ortolan : la LPO accuse de complicité l’Etat et les autorités et en appelle au ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy



Il existe, en France, une espèce animale protégée dont 30 000 à 80 000 individus sont tués, chaque fin d’été, dans le département des Landes, en toute impunité et avec l’aval des autorités chargées d’appliquer la loi et la réglementation. Il s’agit du bruant ortolan.

Pour la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), une telle situation est intolérable. Après s’être rendue, les 2, 3, 6, et 7 septembre, sur les lieux où se commettent des dizaines de milliers de délits, la LPO accuse de complicité de braconnage l’Etat français et ses autorités locales.

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Prisonnier, ce bruant ortolan sert désormais à attirer ses congénères. (Photo LPO)

Le bruant ortolan est en grave déclin dans la majeure partie de son aire de distribution européenne. Pourtant, cet oiseau protégé ne bénéficie pas, dans les faits, de la protection de l’Etat français ! Le bruant ortolan est en effet braconné par un peu plus de mille personnes dans les Landes, puis pour partie consommée dans les quelques restaurants complices de ce braconnage.

Les oiseaux braconnés en Aquitaine sont des migrateurs qui proviennent du nord et du centre de l’Europe et passent par la France pour rejoindre leurs quartiers d’hiver en Afrique sub-saharienne.

La France se démarque donc, une fois de plus, par un total irrespect de ses partenaires européens en matière de protection de l’environnement.

La LPO a constaté, avec l’aide de la Sepanso des Landes, lors d’une opération aérienne et terrestre qui s’est déroulée du 2 au 7 septembre, que le braconnage s’exerçait plus que jamais en toute impunité. Son président, Allain Bougrain Dubourg, s’est rendu sur place et a pu constaté, par vol aérien, samedi 2 et dimanche 3, la présence de près de 300 sites de braconnage, qui ont été immédiatement cartographiés.

Au même moment, au sol, une équipe de la LPO a pu filmer et enregistrer en caméra cachée une fête faisant l’apologie des chasses traditionnelles du type de celle de l’ortolan.

Le préfet complice

Mercredi 6 et jeudi 7, c’est sur le terrain que l’équipe de la LPO s’est déployée, localisant plus d’une quarantaine de tenderies en activité. La LPO a d’abord appelé l’Office national de la chasse, qui a stipulé qu’il n’interviendrait que sur ordre du préfet.

Allain Bougrain Dubourg a donc téléphoné au préfet, et s’est vu signifier que les tenderies étaient tolérées. La LPO, qui ne peut en accepter le principe, a déposé plainte auprès de la gendarmerie de Tartas, pour chasse en période de fermeture et braconnage à l’égard d’une espèce protégée. Enfin, la LPO a prévenu le ministère de l’Ecologie et du Développement durable par le biais du cabinet de Mme Nelly Olin.

Dans un Etat de droit, avec des hommes et des femmes politiques qui se targuent de faire respecter la loi, la LPO accuse l’Etat de complicité de braconnage. Le braconnage en Aquitaine est couvert par les autorités locales, ayant elles mêmes reçu l’accord des autorités parisiennes.

Le contrat tacite suivant est convenu entre l’Etat et les braconniers : ces derniers s’engagent à ne pas utiliser plus de 30 pièges et 5 appelants, et à ne pas en faire commerce ( !), en échange de quoi l’Etat ferme les yeux. Les forces de police et de gendarmerie sont priées par les préfets de ne pas intervenir.

Cette complaisance administrative locale ne peut plus durer. L’Etat français pourrait se voir condamner non seulement pour sa passivité à réprimer le braconnage, mais aussi à l’encourager implicitement.

Que va faire Nicolas Sarkozy

Aujourd’hui, la LPO demande aux autorités françaises, et en particulier à M. Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, de faire cesser le braconnage du bruant ortolan, en :

- agissant pour que la loi soit appliquée et en engageant au plus vite des actions de police visant à rétablir l’état de droit,
- condamnant la complaisante passivité des autorités locales,
- brisant le parrainage politique de la tenderie.

La LPO souhaite qu’une situation de non-droit, comme il en existe déjà dans le Médoc, au col de l’Escrinet, en Camargue et ailleurs au détriment de la biodiversité, ne perdure pas dans les Landes.

Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO. 08/09/2006