Besançon une ville admirable dans un écrin naturel... mais rongé par l’urbanisation. La CPEPESC dit non au projet de PLU



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Besançon fait ceinture de "sa ceinture verte"

L’association a transmis le 23 décembre 2006 au Président de la commission d’enquête publique du Plan Local d’Urbanisme ses observations sur le projet de nouveau PLU de Besançon :

Monsieur le commissaire enquêteur,

Dans le cadre de l’enquête publique concernant le Plan Local d’Urbanisme de la commune de Besançon, nous tenons à vous faire parvenir nos observations, remarques et commentaires après avoir pris connaissance de l’imposant dossier soumis à l’enquête publique.

Ayant pris connaissance tardivement de ce dossier, l’actualité dans le domaine de l’environnement étant bien chargée, nous ne pouvons pas nous exprimer comme nous le souhaiterions. Nous irons donc à l’essentiel en abordant le PLU de manière générale et en détaillant certaines opérations (a minima malheureusement faute de temps) souhaitées par le conseil municipal.

En premier lieu, force est de constater que les objectifs affichés du PLU sont conformes à ce que nous pourrions attendre d’une capitale régionale. A la page 8 du diagnostic économique il est précisé :

« Le schéma directeur de l’agglomération bisontine prévoit 3 orientations majeures :
- le renforcement de l’agglomération capitale en la rendant plus accessible, plus compétitive et en renforçant son image de marque,
- un développement respectueux de l’environnement qui passe par une biodiversité préservée, un patrimoine foncier disponible pour les générations futures, des transports plus propres et plus performants, une meilleure gestion de l’eau, une gestion plus rationnelle des déchets et une meilleure maîtrise de l’énergie,
- un aménagement solidaire du territoire avec une armature urbaine plus équilibrée, une solidarité sociale renforcée, la gestion collective des risques et le partage équitable des richesses et des responsabilités. »

Sauf que, répétés tout au long des divers documents que nous avons pris le temps de consulter (diagnostic, état initial de l’environnement, évaluation environnementale, etc.), ces objectifs n’ont malheureusement qu’une portée effective très limitée dans le PLU.

Que constatons-nous ?

Et bien, que malgré une volonté affichée de respecter les espaces naturels, semi-naturels, le foncier d’une manière générale encore actuellement disponible et dédié pour l’essentiel encore aux activités agricoles, le PLU officialise leur banalisation et une destruction à court et moyen terme.

Nous prenons acte par exemple de la volonté d’étendre encore et toujours les zones dédiées aux activités commerciales et industrielles : TEMIS ; Hauts de Chazal ; Val du Grand Bas, etc. Le discours étant très axé, à bon escient certes, sur la maîtrise des dépenses énergétiques, des déchets, des nuisances sonores de l’intégration dans les paysages… mais particulièrement oublieux de l’impact direct de ces aménagements lourds et dispendieux. C’est en effet oublier un peu vite que ces zones d’activités sont très consommatrices d’espaces (impact direct indéniable).

De même, nous prenons acte de l’ouverture à l’urbanisation (tournée vers l’habitat mixte ou non) de pans entiers de la commune : plusieurs projets aux Montboucons, aux Vaites, aux Portes de Vesoul, etc. Autant de secteurs qui conservent un patrimoine rural, naturel ou semi-naturel de qualité, trop souvent dénigré dans les dossiers soumis à consultation.

A titre d’exemple, à la page 25 de l’évaluation environnementale, dans le paragraphe consacré à la ZAC du Val des Grands Bas, on peut lire : « Les impacts sur le milieu naturel seront limités. Le projet doit s’inscrire dans la topographie du site et conserver les grandes lignes du relief. Le projet étant conçu en milieu naturel, il générera l’élimination des strates herbacée, arbustive et arborée originelles d’essences banales qui entraînera la réduction des lieux d’habitat pour la faune. » Et même si l’on nous assure que « le cadre naturel visera par conséquent à être reconstitué », on a vraiment du mal à y croire !! Parce qu’un « espace vert » réaménagé selon le concept d’un aménageur n’a rien à voir avec une haie naturelle ou un vieux verger.

Cette ouverture à l’urbanisation, qu’il s’agisse d’habitat ou de zones affectées aux activités économiques, va ainsi, et pour résumer, provoquer la disparition d’une grande surface de terres vouée aujourd’hui à l’agriculture. Pas cette agriculture intensive, industrielle, visible dans les espaces ruraux de nos campagnes mais cette (encore !) petite agriculture tournée vers l’élevage extensif, bovin ou encore ovin comme dans le quartier des Montboucons. Rien que dans ce secteur, c’est 28 ha, selon nos calculs, qui vont être soustraits à la Surface Agricole Utile.

La préservation de ces espaces périurbains présente pourtant de forts enjeux, à l’interface entre la campagne de plus en plus souvent banalisée et l’urbain, plus ou moins exprimés dans le PLU, mais qui ne sont pas respectés. Tous ces paysages et milieux naturels ouverts à cette urbanisation, soi-disant maîtrisée dans le but de conserver un patrimoine foncier pour les générations à venir mériteraient une préservation.

Comment, par exemple, peut-on envisager une seconde d’urbaniser un secteur comme celui qui borde la rue Arago ou encore celui situé au carrefour des rues Leverrier et Flammarion, secteurs aux caractéristiques paysagères marquées : murets, murgers, haies, vergers, arbres isolés, etc. Sur un plan naturaliste, le premier est (encore) le domaine du Torcol fourmilier, du Bruant zizi, du Tarier pâtre, du Rougequeue à front blanc ; le second abritait encore il y a peu la Pie-grièche à tête rousse mais aussi le Torcol et le Rougequeue à front blanc. Toutes ces espèces sont menacées en France, et certaines figurant en Liste rouge, par l’extension urbaine, l’intensification de l’agriculture, etc.

Ces constats sont en contradiction avec l’un des objectifs affichés du PADD qui « est de maintenir une activité agricole dynamique sur la ville » (page 12 de l’évaluation environnementale). Et bien que le rédacteur veuille nous en persuader - « Le PLU traduit cette volonté en conservant les zones agricoles existantes et même en transformant certaines zones à urbaniser (NA du POS) en zones agricoles (A) » - ces transformations sont mineures. Elles concernent (sauf erreur) essentiellement le secteur de la Chapelle-des-Buis, éloigné du cœur de ville, excentré dont l’urbanisation est rendue plus délicate et ne sont en réalité que des correctifs apportés au POS.

Besançon fait ceinture de sa ceinture verte !

Que dire de la ceinture verte reprise sous le vocable d’infrastructure verte ce qui dénote toute l’ambition de la commune pour cette « emprise ». Le grignotage se poursuit encore inlassablement !

Il suffit de consulter la cartographie page 89 du diagnostic qui présente les différentes options de l’extension urbaine de Besançon retenues dans le cadre de l’élaboration de son PLU pour constater à regret que cette ceinture périurbaine verte n’a plus de ceinture que le nom.

Et que pour les espaces naturels subsistants, par exemple dans le secteur de la Chapelle-des-Buis, leur préservation semble davantage liée à l’éloignement et à l’isolement des lieux qu’à un réel volontarisme de conservation de la part des élus locaux.

Pour toutes ces raisons, et d’autres non développées ou détaillées, la CPEPESC se déclare opposée au projet de PLU de Besançon, qui, malgré les ambitions déclarées de développement durable, accorde encore trop de poids au pôle « économie » par rapport aux objectifs de préservation de l’environnement fixés dans l’objet statutaire de notre association.

Espérant que votre avis suivra la position de la CPEPESC-FC qui œuvre depuis des années pour la défense de l’intérêt général et de l’environnement, nous vous prions de croire, Monsieur le commissaire enquêteur, en l’assurance de nos salutations distinguées.